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08/03/2018
JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME
En cette journée internationale de la Femme, nous souhaitons faire honneur à nos sportives en donnant la parole à Gaëlle Mignot et Safi N’Diaye, toutes deux joueuses internationales et également membres du Comité Directeur de Provale.
 
 
Provale : Le rugby féminin a pris une place importante aujourd’hui dans le cœur des supporters. Le ressentez-vous sur les terrains, dans vos clubs respectifs comme en équipe de France ?
Gaëlle Mignot : Oui, on le ressent vraiment parce que de plus en plus de personnes viennent à nos matchs. Bien sûr, l’équipe de France reste la vitrine et arrive à faire remplir de grands stades. Mais c’est le cas aussi en championnat. Les gens nous reconnaissent, savent qui nous sommes et quel sport nous pratiquons. Tout cela prouve que le rugby féminin a vraiment passé un palier.
Safi N’Diaye : Oui, on ressent vraiment que le rugby féminin a pris une ampleur depuis déjà 2014 (NDLR : coupe du Monde en France) et ça s’est confirmé avec la coupe du Monde 2017. A chaque fois qu’on joue en France les stades sont pleins, on a vraiment réussi à investir un public. Au niveau de la FFR, les choses ont réellement changé aussi. Le projet du rugby féminin est bien réel et avance. On le voit aussi dans les clubs qui se structurent de plus en plus. Le nombre de licenciées augmente, il y a des catégories minimes et cadettes. Tout ceci prouve que le rugby féminin évolue.
 

"Les gens nous reconnaissent, savent qui nous sommes, quel sport nous pratiquons. Tout cela prouve que le rugby féminin a vraiment passé un palier." (Gaëlle Mignot)


Provale : Sans compter que les résultats sportifs suivent…
GM : Oui, pour le moment tout se passe pour le mieux et on est conscientes qu’il faut passer par des résultats pour que les gens accrochent.
Cette année, la coupe du Monde a été vraiment belle et, malgré la troisième place, les gens ont pris du plaisir à voir notre jeu. Et maintenant, le tournoi des 6 Nations est vraiment bien parti, avec un gros match ce week-end !

SND : Effectivement on a de bons résultats en équipe nationale. On est aujourd’hui en lice pour gagner le Grand Chelem, tout va se jouer samedi, avec un bel engouement derrière nous…
Dans mon club, à Montpellier, l’association met des moyens chez les féminines parce que ça fait plusieurs années qu’on a le titre de championnes de France.
Les résultats ont toujours leur importance !

 
 
Provale : Le syndicat a commencé sa tournée dans les clubs du Top 8 pour la première fois cette saison. Avez-vous joué un rôle dans sa mise en place en tant que membres du Comité Directeur de Provale ?
GM : Oui bien sûr ! Ça fait un moment qu’on met ça à l’ordre du jour en Comité Directeur, avec le souhait que les filles du Top 8 connaissent Provale, ses services, mais aussi quels sont leurs droits et leurs devoirs. Il est important qu’elles sachent qu’elles peuvent adhérer au syndicat. Pour ça, il fallait faire le tour des clubs, et c’est un grand pas qui vient de se faire. On veut juste que tout ça évolue, et pourquoi pas dans les clubs  Elite 2 Armelle Auclair (NDLR : Clubs d’élite 2) pour les prochaines saisons.
SND : Il est vrai que cela fait plusieurs années que cette tournée est en projet parce qu’on se rend compte que le rugby féminin a aussi besoin d’un syndicat, parce qu’il a ses problématiques propres liées à notre statut amateur, et donc forcément différentes de celles que connaît le rugby masculin professionnel. Notre rugby est en train de changer, et c’est justement maintenant qu’il faut avancer et organiser au mieux les conditions des joueuses qui jonglent actuellement avec l’emploi du temps de leur vie professionnelle et les entraînements qui s’intensifient, quotidiens pour la plupart. Il y a aussi le côté médical à ne pas négliger, et on se sert de l’expérience des garçons pour anticiper les choses. C’est pour tout ça qu’on a vraiment besoin de Provale, et avec la mise en place des visites du Top 8 cette saison, les filles vont mieux connaître le syndicat et sa force de représentativité pour avancer dans leur sens et leur intérêt. On est désormais incluses dans les statuts de Provale et les filles adhèrent de façon conséquente. Je pense aussi qu’au-delà de la question de notre statut, les formations vont les intéresser fortement. Et si le rugby féminin devient professionnel, il y aura de nouvelles problématiques, d’où l’importance pour le syndicat d’avoir une visibilité dans les clubs féminins dès aujourd’hui.
 
 
Provale : Le statut des joueuses de rugby est un dossier en pleine négociation avec la FFR. Quels sont aujourd’hui les carences et les besoins des joueuses dans le rugby français ?
GM : Le plus gros besoin est la disponibilité des joueuses. Il est assez difficile de concilier travail et sport de haut niveau. Il faut trouver un compromis avec nos employeurs et la FFR pour que nos joueuses soient vraiment au centre du projet et qu’elles puissent s’épanouir dans leur sport tout en s’épanouissant aussi dans leur travail. Arrêter de rentrer à minuit d’un match pour commencer son travail à 7h le lendemain, arrêter de prendre des congés pour pouvoir partir avec l’équipe de France. Tout ceci n’est plus possible ! On a passé un cap. Et ça ne s’arrête pas à l’équipe de France, c’est évidemment valable pour les joueuses du Top 8 qui ont des contraintes de plus en plus similaires du fait de la médiatisation de notre championnat.
SND : C’est très hétérogène par rapport aux clubs parce que certains se structurent, ont des staffs médicaux, se mobilisent pour les logements de joueuses, pour leurs études, pour leurs activités professionnelles, tandis que d’autres n’ont pas de moyens de le faire. Il était donc nécessaire de dresser un état des lieux des moyens nécessaires au rugby féminin pour évoluer et faire en sorte que les joueuses ne soient plus confrontées à devoir choisir entre leur vie privée, professionnelle ou sportive. Il est primordial aujourd’hui qu’on puisse mener ces trois vies de la meilleure des façons.
Il y a une vraie urgence dans la mesure où le rugby international bouge énormément. Il ne faut pas prendre de retard. On se rend compte qu’on n’est pas à grand-chose pour avoir des résultats encore meilleurs, notamment en coupe du Monde ou aux Jeux olympiques pour les filles du 7.
On a pu le voir lors de la dernière coupe du Monde en demi-finale contre les Anglaises.
Avec un peu plus de moyens, on pourrait faire quelque chose d’encore plus grand.



Gaëlle, tu es partie en Angleterre justement. Pour quelles raisons ?
GM : Je suis partie en Angleterre dans un but vraiment précis : pour voir réellement ce qui se faisait là-bas. Les Anglais ont une autre façon de voir le rugby, les méthodes d’entraînement sont différentes. Il est important de comprendre pourquoi les Anglaises sont toujours présentes lors des gros événements, ce qu’elles ont de plus que nous, comment elles fonctionnent. On s’aperçoit pour autant qu’elles ont aussi des problèmes, mais elles le gèrent différemment de nous.
Les Anglaises étaient professionnelles jusqu’en 2017. Depuis cette saison, les contrats sont exclusivement attribués aux joueuses à 7, mais ils sont plus nombreux et, pour compenser cette disparition du statut professionnel chez les joueuses à XV, l’argent a été mobilisé directement vers les clubs. Ces derniers ont 3 ans pour se structurer, le but étant que le championnat soit totalement professionnel.

 

"Quand un syndicat de rugby intègre deux femmes au sein de son Comité Directeur, c’est vraiment un symbole fort !" (Safi N'Diaye)


Provale : Vous avez été les premières joueuses à avoir intégré le Comité Directeur de Provale. Etre les représentantes d’une institution du rugby français, c’est important pour vous ?
GM : Oui, c’est fabuleux ! Ce soir (NDLR : le 06/03/18) par exemple, je pars à Dublin pour participer à une commission de World Rugby sur les sanctions dans le rugby. J’aurai ma voix en tant que joueuse. Appartenir à cette commission prouve que le rugby féminin prend toute son ampleur aussi à l’échelle internationale. On nous appelle pour être concertées, on est en plein évolution. Il faut que cela continue et progresse, que tout le monde se sente concerné. Et c’est pour ça que Provale a un rôle important, et notre place dans le Comité Directeur forcément a un impact.
SND : Oui ! Je trouve que c’est vraiment un symbole fort. Serge Simon a été le premier à nous contacter et à nous faire entrer au Comité Directeur. Robins a pris la suite. Ça a mis quelques années à se mettre en place, mais là ça commence à porter ses fruits. C’est un symbole fort pour nous en termes de considération de la femme dans le rugby. Cela prend tout son sens aujourd’hui avec les nombreux débats sur la condition des femmes dans la société. La question est globale, c’est l’image de la femme. Et quand un syndicat de rugby intègre deux femmes au sein de son Comité Directeur pour traiter des questions du rugby, masculin comme féminin (car nous ne sommes pas consultées exclusivement sur le rugby féminin), c’est vraiment un symbole fort ! Les mentalités ont changé. Et même si on ne joue pas le même rugby, ça plait…