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09/02/2018
Rencontre avec Jérôme Cazalbou

" À l’image de Provale qui fête ses 20 ans aujourd’hui, nous avons réussi à rendre l’Agence XV pérenne dans son activité. "

Avec un palmarès à faire pâlir - sept fois champion de France avec le Stade Toulousain - Jérôme Cazalbou a été l’un des demi de mêlée les plus emblématiques des « Rouge et Noir ». Son humilité est à la hauteur de son investissement durant de longues années à Provale. D’abord trésorier du syndicat, il est devenu le premier président de l’Agence XV, en charge de répondre à la problématique de la reconversion des joueurs de rugby.
 
 
Jérôme Cazalbou appartient à la dernière génération des « pluriactifs », celle de ces hommes qui portaient la cravate tout en jouant au rugby, celle qui avait construit son avenir professionnel avant même que le rugby ne le devienne.
Nous sommes au début des années 2000, le rugby se professionnalise, les jeunes joueurs y ont les deux pieds. C’est maintenant ou jamais, le syndicat doit penser à l’après-rugby et aux conséquences inévitables de la professionnalisation de ce sport. « Je pense que tous les joueurs de ma génération avaient cette sensibilité, et avaient tous aussi dans l’idée que le rugby professionnel amènerait automatiquement un changement, une réorientation de certaines valeurs, une certaine casse humaine, du moins sur le côté social. »
 
C’est donc tout naturellement que Jérôme a participé aux premières réflexions sur la question de la reconversion, avec Serge Simon et Franck Belot notamment.
Rapidement, la nécessité de créer une structure d’accompagnement à la formation et à la reconversion des joueurs s’est imposée. « Il y avait une réelle réflexion et une oreille attentive des personnes que nous rencontrions pour monter cette structure. »
 
Puis enfin, après de longs mois de discussions, le syndicat a œuvré de concert avec la LNR pour créer l’Agence XV le 9 février 2004, à laquelle s’est associée la FFR en 2005.
La proximité avec Provale était réelle, à commencer par le partage des bureaux. Et même si les managements étaient séparés, elle restait nécessaire au niveau de l’échange d’informations. « L’embryon Agence XV s’est construit autour de Provale et a profité d’une mutualisation de certains moyens et outils, en s’appuyant sur son réseau et sa capacité à sensibiliser les joueurs lors de ses tournées dans les clubs. Cette interaction avec Provale était un gage de qualité dans le suivi et la compréhension des besoins des joueurs. »
 
Mais ce n’est pas tout de naître, il faut vivre. Un brin nostalgique, Jérôme insiste sur l’importance de la qualité des rapports humains : « Au départ, les choses étaient simples, tout le monde était bienveillant et attentif. Des personnes fortes se sont investies du côté des institutions ; je pense à Thierry Perez, à Marcel Martin et à tous ces gens qui nous ont réellement aidés à tout mettre en place. Les dossiers étaient peu nombreux et il n’était donc pas trop compliqué d’obtenir ce qu’on souhaitait. On était aussi dans une époque où les relations entre les institutions étaient plus amicales, plus conciliantes et peut-être plus constructives qu’elles ne l’ont été ensuite. »
 
Puis, les dossiers s’accumulant, il a fallu grandir, trouver des fonds, négocier, convaincre… « Les relations avec les institutions se sont compliquées. Il a fallu user de diplomatie, de philosophie pour veiller à ce que l’Agence XV puisse toujours être en capacité d’assurer sa mission. Et même si je connais le jeu politique, j’ai parfois ressenti de la colère parce que les enjeux étaient très importants pour les joueurs et qu’on ne peut pas jouer avec ça. »
 
Inévitables bras de fer politiques, où parfois l’Agence XV a pu faire l’objet de chantage, de récupération. Mais c’est ainsi, il fallait bien le gérer, le comprendre, et parfois même entrer dans le jeu pour continuer d’exister.
Exister, mais pas que. Durant son mandat, Jérôme aura réussi à faire reconnaître l’Agence XV comme la structure référente de l’accompagnement des joueurs sur le terrain de la reconversion. « L’Agence XV a fait sens auprès des instances. On a été très rapidement sollicités et mis au cœur des débats liés à la problématique de la reconversion pour apporter notre avis et notre expertise, et bien sûr intervenir concrètement sur les dossiers. Cette reconnaissance était très importante. Et, à l’image de Provale qui fête ses 20 ans aujourd’hui, nous avons réussi à rendre l’Agence XV pérenne dans son activité. »
 
Les « premières fois » sont parfois les meilleurs souvenirs. C’est en tout cas ce que Jérôme gardera en mémoire de ces années, pour tout ce que ça représente : la gestion du premier dossier, celui de Jean-Marie Bisaro. « C’est le dossier qui a pu servir de test, celui sur lequel on s’est structuré. Et à la suite des différents cursus, des différentes formations, Jean-Marie est ressorti avec son diplôme de géomètre. C’était une grande fierté pour nous. »
 
Une autre fierté sera celle du partenariat monté avec Adecco, à travers lequel de nombreux joueurs avaient été pris en charge par la structure pour un retour à l’emploi. « Grâce à ce partenariat, nous avons pu éviter que des joueurs dont la situation était très complexe, professionnellement comme humainement, ne subissent des échecs. Ce fut très positif ! »