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16/02/2018
Rencontre avec Sylvain Deroeux

« Quand tu es président de Provale, tu es tout seul en haut de la pyramide et tu as parfois des moments de doute. Il faut décider, trancher, argumenter. »


Ancien troisième ligne aile formé au RC Livry-Gargan, Sylvain Deroeux a successivement évolué au Paris Université Club (1995-1996), à l’ES catalane (1996-1997) et enfin à l’USA Perpignan où il a terminé sa carrière professionnelle en 2003.
Sylvain a été le troisième président de Provale, après en avoir assuré préalablement la vice-présidence aux côtés de Serge Simon.
Alors jeune retraité du rugby, il était aussi chef d’entreprise, ce qui a sans doute contribué à sa vision très structurante du syndicat.

 
Octobre 2006. Tout fraîchement élu président de Provale, Sylvain disait de son prédécesseur (Serge Simon) qu’il " avait été le Père Noël et que son rôle était désormais de remplir la hotte. "

« Jean-Marc (Lhermet) a eu l’idée et a créé le syndicat. Serge a réussi à nous imposer partout, avec son caractère bien trempé, plutôt en force d’ailleurs. Lorsque j’ai pris mes fonctions à la présidence, mon discours a été de dire que, pour que le syndicat persiste et s’installe durablement, il fallait y mettre du contenu, de la consistance en structurant notre réseau, notre action et notre cellule opérationnelle. Maintenant qu’on avait la place, il fallait l’occuper. »

Sylvain s’attarde longuement sur les hommes qui l’ont entouré. Tout cela n’aurait jamais pu s’envisager sans le soutien fidèle de son Comité Directeur. Aussi bien dans les réflexions stratégiques que dans les actions à mettre en place.

« Quand tu es président de Provale, tu es tout seul en haut de la pyramide et tu as parfois des moments de doute. Il faut décider, trancher, argumenter. »

On prend alors toute la mesure du rôle de président à travers ses mots, et de l’importance fondamentale des équipes qui l’entourent.
Et cette pyramide justement, était aussi sa force, parce que derrière le Comité Directeur, il y avait les correspondants, les joueurs et les salariés. Une histoire de famille en sorte.
Quant à ses relations avec les institutions, cela reste un bon souvenir. Certes, les désaccords étaient nombreux, mais les arguments étaient toujours entendus et étudiés, que ce soit à la LNR (Pierre-Yves Revol était alors président) ou à la FFR (sous le mandant de Bernard Lapasset, puis de Pierre Camou).

« C’était toujours des jeux de rôles et des jeux d’échec, parce qu’on était à la fois opposés sur certaines visions, et nécessairement partenaires sur la construction du rugby professionnel. Et de rajouter, «  Au final, je crois qu’on a réussi à prouver qu’on n’était pas que des porteurs de banderoles et des poseurs de barricades. On avait de réelles propositions, on allait dans la construction, et ça a forgé notre légitimité dans les négociations. »

De ses quatre ans de mandat, notre ancien président garde ancré en lui « une formidable aventure, un long voyage où tout était sur le même plan émotionnellement : un coup de fil passé sur 200 kms d’autoroute, une rencontre, le vestiaire d’un club en dépôt de bilan… ».

Mais sans hésiter, son meilleur souvenir reste l’écriture de la Convention Collective sous la gouvernance de Serge Simon. Il était alors membre du Comité Directeur, pas encore président. C’est aussi ça Provale pour Sylvain. Qu’importe le statut, c’est l’aventure qui compte, encore une fois.

« L’action qu’on a menée, les heures, les jours, les nuits, de frictions, de batailles, articles après articles ! Pour faire ensuite le tour de France et aller convaincre les joueurs que c’était important. Ça a été des moments forts, très très forts. Parce qu’on était dans l’aventure des hommes, celle de s’être engagés auprès de milliers de joueurs en leur disant « On va vous aider ». Et là, il fallait tenir notre promesse. Parce que parler c’est bien, mais agir c’est mieux ! »

Et si c’était à refaire aujourd’hui, l’aventure sera-t-elle identique ? Notre Catalan de cœur change de ton. Pas question de dire que « c’était mieux avant », et d’insister : 

« Je déteste chromer le passé. Pour moi, ce qui arrive est forcément meilleur que ce qu’il y avait avant. » Et s’il fallait réécrire la Convention Collective en 2018, Sylvain en est convaincu, « les gens se structureraient pour le faire, et seraient tout aussi réceptifs à la cause qu’en 2005. Après, on peut toujours faire des débats sans fin autour d’un verre sur les valeurs du rugby, mais ce que je vois autour de moi aujourd’hui, ce sont des mecs qui ont structuré leur profession, qui la vivent, et je ne vois aucun décérébré autour de moi. Oui, il y a de l’argent, mais ça n’empêche pas ces gens de préparer leur reconversion et d’être structurés. Pour la génération d’aujourd’hui, le rugby est un véritable métier, et a toujours été leur métier. »

Elle est bien là la différence au final. Le contexte a changé, mais pas les hommes. Ils se sont juste adaptés.

« Nous c’était différent, mais il ne faut pas se prendre pour ce qu’on n’était pas. On avait du caractère, mais on n’était pas plus attentifs à notre profession qu’ils ne le sont aujourd’hui. Peut-être même au contraire. Il faut juste trouver le bon discours pour mobiliser les joueurs d’aujourd’hui. »

A ces mots, nous ne pouvions conclure cet entretien sans lui demander comment il voyait l’avenir du syndicat, ses prochains challenges. Là encore, Sylvain appuie ses convictions fermement :

« Je reste toujours sur l’idée que Provale doit défendre les droits et les intérêts des joueurs, préserver leurs acquis et leur santé. C’est un organe de veille et d’alerte sur ces sujets-là. Maintenant, il faut absolument, pour qu’on ait l’adhésion de tous, montrer qu’on amène autre chose que de la revendication, à savoir du service, du conseil, de l’assistance de façon professionnelle, organisée et structurée. Les joueurs veulent qu’on apporte des solutions à leurs problèmes du quotidien. Je vois beaucoup de professions qui tournent autour du rugby pour apporter ces solutions et ces services, et je ne vois pas pourquoi Provale n’en serait pas capable. Provale doit être un label de confiance pour les joueurs. A partir du moment où tu as la confiance des joueurs, tout reste possible. »