Coupe du Monde : France – Argentine

Sep 20, 2019 | Actualités, Event, Interview, Réseau

Omar Hasàn : « Mon rêve serait que la France et l’Argentine se qualifient et sortent l’Angleterre ».

Le plus Français des Pumas ? Sans doute. Omar Hasàn est arrivé en France un jour de décembre 1998. C’est à Auch, que le Puma a débarqué, tenu par la main par l’emblématique « petit caporal », Jacques Fouroux. Il ne savait pas encore que la région Occitanie deviendrait sa patrie d’adoption. Après des années de rugby professionnel, d’Auch à Agen, en passant par Toulouse (sans oublier la Nouvelle-Zélande et l’Australie où il a évolué avant sa venue en France), le pilier droit a gagné dans notre championnat le Bouclier de Brennus et la Coupe d’Europe. Un parcours accompli.Mais, même si la France est son pays d’adoption, c’est la patrie des Gauchos qui reste dans son cœur. Ce pays sous le maillot duquel il a disputé 64 matchs, de 1995 à 2007. Ce pays où vivent ses parents et trois de ses frères et sœurs (le quatrième est lui aussi tombé amoureux de notre pays). Alors, ce match de la Coupe du Monde entre la France et l’Argentine, Omar Hasàn le regardera assurément avec un œil tout particulier. Et son cœur devrait battre très fort.
Désormais artiste reconnu dans la chanson, l’ancien droitier international a accepté de répondre à nos questions entre deux répétitions. Rencontre.

 « Je mesure la chance que j’ai eu de disputer trois fois cette compétition »

Mathilde Lacrouts : La Coupe du Monde de rugby approche à grands pas. J’imagine que cela évoque de nombreux souvenirs pour vous. Quel est le plus beau ?
Omar Hasàn : Évoquer la Coupe du Monde, cela crée toujours en moi une très grande émotion. Lorsque je regarde dans le rétroviseur et que je repense à ces moments, les sentiments sont partagés. La Coupe du Monde de 2003, lors de laquelle l’Argentine n’est pas sortie des phases de poules, reste mon plus grand regret dans cette compétition.
Pour le reste, je dois dire que je garde de très bons souvenirs de ces moments. Se préparer à une telle compétition demande beaucoup de concessions. Ce sont des moments très durs aussi lorsque le groupe tombe et que certains de tes coéquipiers restent sur le bord du chemin. Je mesure la chance que j’ai eu de disputer trois fois cette compétition qui n’a lieu que tous les quatre ans. À chaque fois, l’annonce de la sélection a été un moment incroyable et magnifique. C’est une immense fierté pour moi, encore aujourd’hui, d’avoir représenté le rugby argentin, mais aussi mes clubs lors de cette compétition. Porter ce maillot, c’est un bonheur indescriptible. Dans ces moments, j’ai toujours eu une pensée pour ma famille et pour mes amis qui me soutenaient au quotidien.

Mathilde Lacrouts : Vous avez disputé trois Coupes du Monde (1999 – 2003 – 2007), que retenez-vous de ces oppositions entre la France et l’Argentine ?
Omar Hasàn : Je n’ai rencontré la France qu’une fois lors des trois Coupe du Monde que j’ai disputées. En effet, en 1999, je me suis blessé face à l’Irlande lors du match précédent le quart de finale contre les Bleus. Après ce choc contre l’Irlande, nous avions eu quatre jours de repos. La France, en revanche, avait pu bénéficier de dix jours sans match. Je pense que cela a pesé dans la balance. Nous avons craqué en deuxième mi-temps.
En 2003, nous n’avons pas croisé la France et nous ne sommes pas non plus sortis de poule. Cela reste forcément un regret.
En 2007, pour ma dernière Coupe du Monde, nous avons joué les Bleus en match d’ouverture et nous nous étions imposés sur le score de 17 à 12. Je n’étais pas sur la feuille de match. Nous avions quelques certitudes avant cette rencontre. De nombreux indices  nous avaient confortés sur le fait que la France aurait quelques fébrilités sur ce match. La victoire n’avait donc pas vraiment été une surprise.
Ensuite, nous nous sommes retrouvés pour la lutte à la troisième place. Nous avions à cœur de bien finir face aux Bleus. C’était mon dernier match avec l’Argentine et aussi le dernier pour un grand nombre de mes coéquipiers. Nous voulions tirer notre révérence sur une bonne note. Nous nous sommes imposés sur le score de 34 à 10.

« Sur un match de Coupe du Monde, tout peut basculer d’un côté comme de l’autre. Samedi, les compteurs seront remis à zéro » 

Mathilde Lacrouts : Pour leur premier match dans cette compétition, les Argentins vont être aux prises avec les Français. Quel est votre pronostique sur cette rencontre ?
Omar Hasàn : La France et l’Argentine sont dans des situations différentes. Depuis un moment, la France peine à trouver son jeu. Tout ce qui s’est passé lors des derniers mois a semé plus de doutes que de certitudes dans cette équipe à mon sens. La jeunesse sera au rendez-vous de cette rencontre entre nos deux nations et je pense que c’est une satisfaction. Dans un camp comme dans l’autre on pourra apprécier l’arrivée de jeunes pousses.
Concernant l’équipe d’Argentine, même si elle joue depuis un moment contre les grandes nations, elle n’est plus arrivée à s’imposer depuis un moment. Depuis le Tri Nations, l’Argentine n’effectue plus de tournées. C’est le prix à payer quand on dispute tous les ans une compétition de qualité et régulière.
Je pense que l’équipe de France est un peu sous pression. Je suis persuadé que cette équipe est composée de très bons joueurs même si à mon sens elle manque un peu plus d’expérience que l’Argentine devant. Mais sur un match de Coupe du Monde, tout peut basculer d’un côté comme de l’autre. Et ce qui a été fait avant ne compte pas. Samedi, les compteurs seront remis à zéro.

 

Crédit Photo : Mathieu Sartre – DR

« Guilhem Guirado mérite de finir sa carrière internationale sur une bonne note »

Mathilde Lacrouts : D’un point de vue plus personnel, j’imagine que votre cœur doit balancer. Dans quel camp vous situerez-vous le 21 septembre prochain ?
Omar Hasàn :
Je ne peux pas dire que mon cœur balance vraiment. Je suis né en Argentine. Ma famille vit là-bas. J’y ai effectué la plus grande partie de ma carrière. J’ai porté ce maillot à 64 reprises. Les coachs des Pumas sont mes copains. J’ai joué avec eux. Le seul joueur qui joue toujours et avec lequel j’ai évolué est Juan-Manuel Leguizamon mais j’ai beaucoup de respect pour tous les autres et je les cotoie de temps à autres. Je soutiens donc cette équipe et j’espère du fond du cœur qu’elle ira le plus loin possible dans cette Coupe du Monde.
Je souhaite aussi beaucoup de réussite à cette équipe de France. Mon plus grand rêve serait que l’Argentine batte la France, puis que nos deux nations battent l’Angleterre (rires). Nous serions alors tous qualifiés ! Ce serait un énorme coup de Trafalgar mais pourquoi pas ? Ce serait bien pour tous ces joueurs et pour Guilhem Guirado qui mérite de finir sa carrière internationale sur une bonne note.

« Mon favori reste les All Blacks »

Mathilde Lacrouts : D’un point de vue plus général, quel est favori pour cette Coupe du Monde ?
Omar Hasàn : Forcément, mon favori reste les All Blacks. C’est l’équipe la plus régulière à mon sens. L’Afrique du Sud est elle aussi prétendante à un bon résultat. D’autres équipes pourraient nous surprendre. Sans chauvinisme, je pense à l’Argentine, mais aussi l’Angleterre ou encore l’Irlande.

Mathilde Lacrouts : Le rugby professionnel est fini pour vous depuis 2008. Continuez-vous de conserver un œil particulier sur ce sport ?
Omar Hasàn : J’ai effectivement arrêté ma carrière professionnelle en 2008. J’ai ensuite continué au Stade Toulousain, à la demande de Yannick Bru, en tant qu’intervenant spécifique de la mêlée auprès des Espoirs et des premières lignes de l’équipe première. Lorsque Yannick est parti à l’équipe de France, ma collaboration avec Toulouse a cessé. Je me suis ensuite investi auprès des jeunes du SUA pendant trois ans. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec ces jeunes joueurs et à les voir évoluer. J’espère que bon nombre d’entre eux pourront devenir professionnels. L’an passé, à la demande de mon ami et ancien coéquipier, le talonneur Jalil Nrjissi, j’ai donné un coup de main à l’équipe de Fleurance qui venait de monter en Fédérale une. Cette année, Jalil est parti à Marmande et je l’accompagne une à deux fois par mois au chevet de cette équipe pour essayer de transmettre mon savoir-faire en ce qui concerne ce secteur que j’affectionne particulièrement.

« Il est fondamental de ne pas rester centrés uniquement sur le rugby »

Mathilde Lacrouts : Vous êtes aussi un bel exemple qu’il y a une vie après le rugby. Pouvez-vous nous raconter la vôtre ?
Omar Hasàn : Je voudrais dire à tous les joueurs qui liront cette interview qu’il y a une vie avant, pendant, et après la carrière. Il est fondamental de ne pas rester uniquement centrés sur le rugby. Il faut toujours avoir une roue de secours. C’est bon pour la tête de pouvoir avoir une activité différente qui permette de sortir de ce rugby professionnel si exigeant et dans lequel la pression est grande. Dans une carrière, il y a des hauts et des bas. Je le disais souvent à mon ami, Yannick Nyanga, qui avait selon moi de grandes qualités pour le théâtre. Aujourd’hui il est très bien reconverti et je suis heureux pour lui. Mais je pense que le côté artistique permet de s’évader de la spirale du rugby professionnel. Cela a été mon cas. Avant le rugby j’ai fait des études d’agronomie et j’étais passionné par cela. Ensuite, je me suis lancé dans le chant pendant ma carrière. Cette passion était omniprésente en moi depuis que j’étais tout petit. Je faisais toujours le pitre à l’école, je blaguais sans arrêt. Je faisais aussi pas mal de bêtises (rires). Je suis aujourd’hui reconverti en tant que chanteur lyrique et j’estime que je suis un privilégié de pouvoir vivre de cette autre passion. J’en profite au maximum et j’essaie de la partager et de la transmettre à tous les gens que je rencontre.

Si vous êtes sur Toulouse, vous pourrez applaudir Omar Hasàn dans sa reconversion au théâtre Casino Barrière le samedi 12 octobre prochain à l’occasion de la présentation de son nouveau spectacle : Belcantor. Réservations ici.

 

 

 

 

 

 

 

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