Fin de carrière, Fabien Fortassin témoigne

Mai 9, 2018 | Actualités, Interview

« Faire pour faire ce n’est pas mon genre. Il était temps de tourner la page. »

Ils sont nombreux en cette fin de saison à tirer leur révérence. Et la Pro D2 n’est pas épargnée par cette vague d’arrêts. Fabien Fortassin fait partie de ceux-là. À 34 ans, et après quinze belles années de carrière passées entre Tarbes, Montauban, le Racing-Métro, La Rochelle et le Biarritz Olympique, le demi d’ouverture emblématique du championnat, meilleur buteur de la Pro D2 en 2013 et 2014, a décidé que le moment était venu pour lui de raccrocher les crampons. Ce Gersois de naissance, qui a débuté le rugby à Montréjeau dans les Hautes-Pyrénées, a décidé de tourner la page. Le 21 avril dernier, sur le mythique stade des Alpes, Fabien Fortassin a donc disputé son dernier match. Il est revenu pour nous sur sa dernière saison de rugbyman professionnel et s’est confié sur ses projets d’avenir.

Rencontre…

Provale : Quinze ans. Une éternité. Et en même temps, le temps a filé. Imaginais-tu un jour vivre une telle carrière de rugbyman professionnel ?

« Très franchement ? Non. Jamais. À la base, je faisais du foot. Je me suis mis au rugby pour faire comme les copains. D’abord à Montréjeau, puis à Tarbes où j’ai très vite commencé à m’entraîner avec l’équipe une. Puis les choses se sont enchainées. »

Provale : En quinze ans de carrière, notre sport a beaucoup évolué. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?

« Oui, en quinze ans le rugby a énormément évolué. À différents niveaux. Bien entendu, dans le jeu essentiellement. Ça va plus vite, beaucoup plus vite. Et puis il y a les gabarits aussi. Les garçons sont beaucoup plus solides qu’avant, ils s’entraînent plus. Les mentalités aussi ont changé. Notre sport a pris une dimension très professionnelle et l’approche des joueurs l’est également. Quand j’ai débuté, les joueurs de ma génération étaient davantage détachés. »

Provale : Tu as mis un terme à ta carrière le 21 avril dernier sur le stade des Alpes lors du match de barrages face à Grenoble (NDLR : défaite du Biarritz Olympique 33 à 26). Qu’est-ce qui a motivé ton choix ?

« L’an passé j’ai eu une grave fracture d’un tibia péroné. Cette année, j’ai pu à nouveau goûter à la compétition. Malgré tout, je sentais que je n’avais pas complètement récupéré mon niveau d’avant ma blessure. Et puis je n’avais plus la même hargne, j’avais moins faim. M’entraîner était devenu un peu plus pesant. En revanche j’aimais toujours autant l’ambiance du vestiaire et aussi les déplacements en bus. J’aurais sans doute pu faire encore une année ou deux. Mais faire pour faire, ce n’est pas mon genre. J’en ai discuté avec Gonzalo Quesada, j’ai réfléchi. Et puis j’ai pensé qu’il était temps de tourner la page. Je n’avais pas envie de pointer. Je n’aime pas faire les choses à moitié. »

Provale : Tu as donc choisi ta fin de carrière, ce qui devient de plus en plus rare. Du coup, as-tu appréhendé différemment tes derniers instants de rugbyman professionnel ?

« J’ai eu une chance immense de pouvoir rentrer pour le dernier match. J’avais décidé d’arrêter. Je savais donc qu’en cas de défaite ce serait mon dernier match. Alors oui, j’ai profité. J’ai savouré ces instants. J’ai emmagasiné le plus d’émotions possibles. C’était super même si la défaite reste un regret. »

Provale : Pourtant, tu seras de retour sur le terrain, au Biarritz Olympique, le 4 juin prochain avec tout l’effectif basque. Peux-tu nous en dire plus ?

« Effectivement. J’ai la chance que le Biarritz Olympique me fasse confiance et m’ait proposé d’intégrer le staff pour la saison 2018/2019. Mes missions doivent encore être davantage définies mais je vais assister Jack Isaac dans l’entraînement. Ce sera dans un autre contexte mais cela me permet de mieux vivre mon arrêt. Je vais rester dans le milieu. Je pense que je l’aurais vécu différemment si cela n’avait pas été le cas. Je suis donc très heureux. »

Provale : Revenons au terrain. Selon toi, quels sont les chantiers majeurs sur lesquels Provale et les institutions du rugby doivent insister pour améliorer encore les choses ?

« Je ne vais sans doute pas être très original, mais la santé est un thème primordial. Le protocole sur les Commotions Cérébrales mis en place par Provale est une très bonne chose. Vraiment !

Mais il reste sûrement encore des points à améliorer. Avant, quand j’ai débuté, le rugby était davantage un jeu d’évitement. Aujourd’hui ça va vite, ça tape fort. On ne peut pas éviter les chocs mais on peut peut-être davantage les prévenir avec plus de protections peut-être ? Pourquoi ne pas envisager le port du casque obligatoire par exemple ? Durant les derniers mois, je ressentais davantage de peur en regardant un match. Je pense aussi que ma grave blessure à la jambe a intensifié cette appréhension.  En tous cas, il y a des choses à faire. C’est une évidence. »

Provale : Avant de conclure, quels sont les plus beaux souvenirs de ta carrière ? Nourris-tu aussi quelques regrets ?

« Je n’ai pas de regrets. Non. Bien sûr, des fois je me dis, « j’aurais pu faire ci ou ça » mais je me dis aussi que j’aurais pu faire bien pire. J’ai été au plus haut niveau que je pouvais. J’ai grandi dans chaque club. J’ai côtoyé de supers entraîneurs et des joueurs auprès de qui j’ai énormément appris. Mes plus beaux souvenirs restent la montée avec La Rochelle et l’arrivée sur le vieux port dans une foule de supporters. C’était incroyable ! Je retiens aussi mon tout premier match dans le grand bain avec Tarbes face à Auch, la ville dans laquelle je suis né. Et enfin, la victoire bonifiée à Clermont lorsque j’évoluais sous les couleurs de Montauban. Le retour en bus avait été très très festif. Vraiment, j’ai beaucoup de chance d’avoir vécu tout ça. Personne ne me l’enlèvera jamais. »

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