Interview

Jan 10, 2020 | Actualités, Interview, Réseau

« Préserver la santé et la sécurité des joueurs(ses) est fondamental pour Provale »

Mathieu Giudicelli est le Directeur Général Adjoint de Provale depuis le mois d’octobre 2019. Après une carrière de joueur de rugby professionnel longue de six ans, le pilier a dû mettre un terme prématuré à sa carrière en 2018, à seulement 28 ans.Très sensible à la problématique de la santé des joueurs(ses), il a fait de ce combat l’une des priorités de Provale en prenant part à la création d’une Commission Médicale et d’une cellule Bien-Être. En ce début d’année, il a souhaité se présenter, vous parler de ses missions au sein du syndicat et des projets de Provale pour les prochains mois. Rencontre…

Mathilde Lacrouts : Tu es ancien joueur de rugby professionnel et as été contraint de mettre un terme prématuré à ta carrière en 2018. Peux-tu nous raconter un peu ton parcours sportif ?
Mathieu Giudicelli : J’ai commencé le rugby à Montpellier en 1997, club dans lequel j’ai connu toutes les catégories (de mini-poussin à joueur pro) jusqu’en 2012. En manque de temps de jeu au niveau professionnel, j’ai fait le choix de rejoindre Mont-de-Marsan en 2012. Le club venait de monter en TOP 14. J’ai passé 3 saisons au Stade Montois avant de partir pour Tarbes en 2015. Le TPR ayant été rétrogradé de PRO D2 en fin de saison 2015-2016 par la DNACG, je me suis donc engagé avec le Biarritz Olympique en 2016. Lors de ma deuxième saison au BO, j’ai malheureusement été victime d’une grave blessure qui m’a contraint à mettre un terme à ma carrière de rugbyman professionnel en 2018.

« L’accompagnement de Provale, tout au long de ma carrière et de mon après carrière, a été fondamental dans mon évolution en tant que joueur, mais également en tant qu’homme ».

Mathilde Lacrouts : Depuis le mois d’octobre, après avoir été correspondant, puis membre du Comité Directeur, tu es le Directeur Général Adjoint de Provale. Peux-tu nous dire ce qui t’a motivé à accepter ce poste ?
Mathieu Giudicelli : J’ai toujours été très sensible à Provale et à ses actions. L’accompagnement de Provale, tout au long de ma carrière et de mon après carrière, a été fondamental dans mon évolution en tant que joueur, mais également en tant qu’homme.
Le syndicat était à la recherche d’un Directeur Général Adjoint pour compenser la malheureuse absence de Laure Vitou. Malgré mon état de santé qui n’a pas vraiment évolué favorablement depuis ma blessure (NDLR : Mathieu a subi une deuxième chirurgie récemment), j’ai immédiatement accepté le poste. En effet, la possibilité de pouvoir m’impliquer encore un peu plus dans Provale et de réaliser les projets de notre président, Robins Tchale Watchou, étaient en adéquation avec mes convictions de toujours, à savoir de défendre et d’agir en faveur des intérêts des joueuses et des joueurs.

Mathilde Lacrouts : Quelles sont tes missions quotidiennes au sein de Provale ?
Mathieu Giudicelli : J’ai pour rôle d’encadrer, de superviser et de fédérer l’ensemble des services et salariés du syndicat. Je propose et mets en œuvre de nouvelles actions, ou des remaniements dans le but d’optimiser et de dynamiser nos services.
Je suis le relai entre le Comité Directeur et les Institutions sur nos positions politiques. Je guide aussi les salariés concernant les actions à mener en interne et les missions à leur confier.
Je suis chargé d’organiser tous les rassemblements relatifs à la vie de Provale (Comités Directeurs, Assemblée Générale annuelle, Commission Médicale, Journées de la Reconversion…).
Enfin, je prends part aux Comités Directeur et Assemblées Générales des différentes institutions (LNR, FFR, FNASS, IRPA, EU Athlètes…). Je collabore également avec ces institutions dans différents groupes de travail et de pilotage de projets (formation, sportif, juridique, sanitaire…) toujours dans l’optique de défendre les intérêts des joueuses et des joueurs.

Mathilde Lacrouts : De par ton parcours et ton vécu, tu es très sensible à la santé des joueurs qui est aussi une préoccupation majeure du syndicat. Dès ton arrivée, tu t’es d’ailleurs attaché à mettre en place des actions nouvelles dans ce domaine en faveur des joueurs. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Mathieu Giudicelli : Bien sûr, préserver la santé et la sécurité des joueurs(ses) est fondamental pour Provale. Le rugby est un sport qui évolue vite, qui est de plus en plus rapide, avec des joueurs de plus en plus costauds. En conséquence, les impacts sont de plus en plus importants et les blessures, sont multipliées et de plus en plus graves. Je parle en connaissance de cause, et c’est pour cela que, dès mon arrivée, j’ai proposé de nouvelles mesures à mettre en place pour mieux accompagner les joueurs(ses) dans ce domaine.
J’ai d’abord proposé à notre président et à notre Comité directeur, de créer une Commission Médicale. Celle-ci est composée d’un neurologue, d’un chirurgien du rachis, d’un médecin du sport et d’un kinésithérapeute du sport. Elle permet de protéger davantage les joueurs en nous faisant accompagner par des spécialistes renommés du secteur. Nous nous réunissons une fois par mois afin de traiter des sujets d’actualité, des urgences sanitaires, mais aussi pour mener des études de fond concernant des problématiques rencontrées par les joueurs à plus long terme.
Les membres de la Commission Médicale, peuvent également être consultés par les joueurs(ses) qui n’ont pas accès aux soins facilement. Elle facilite la prise de rendez-vous grâce au réseau de tous nos spécialistes. Le but de cette Commission n’est pas de rentrer en conflit avec les institutions ou les clubs, mais plutôt de travailler de concert sur des sujets et/ou des préoccupations afin de préserver la sécurité de notre sport et de ses pratiquant(e)s.

« Pour l’avoir vécu personnellement, je peux certifier que l’arrêt d’une carrière est terrible, on peut vraiment dire que c’est une première mort ».

Mathilde Lacrouts : Une autre nouveauté vient de voir le jour. Elle concerne le bien-être des joueuses et des joueurs. Peux-tu nous la présenter ?
Mathieu Giudicelli : En effet, j’ai aussi proposé de créer une cellule « Bien-Être » à laquelle les joueurs(ses) pourront, s’ils le souhaitent avoir accès à un bilan et un suivi personnalisé dans le but d’optimiser leur bien-être. Cette cellule est composée de deux anciens joueurs de rugby professionnels. Il était important pour nous de collaborer avec des personnes conscientes des problématiques rencontrées sur le terrain et qui avaient du vécu. J’ai donc contacté Pat Barnard, ancien joueur du CA Brive, et Matthias Vidal, ancien joueur de l’ASBH.
Pat est psychopraticien, diplômé de l’université de Londres. Il est spécialisé dans la gestion des troubles anxieux généralisés et de la dépression. Une cellule psychologique avec une permanence était déjà en place mais je cherchais une personne ayant traversé cette situation.
Pour l’avoir vécu personnellement, je peux certifier que l’arrêt d’une carrière est terrible, on peut vraiment dire que c’est une première mort. Ma situation était encore plus compliquée car je n’étais pas préparé. Le choc de l’arrêt de ma carrière, combiné aux séquelles de la blessure, ont été très durs à gérer personnellement. J’ai vécu des moments très difficiles et j’ai pu me relever partiellement car j’étais bien accompagné et entouré.
C’est dans ce sens que j’ai réalisé qu’il était primordial d’accompagner de manière plus poussée ceux qui sont seuls et/ou dans le besoin lors de ce passage inévitable.
Matthias Vidal est pour sa part diététicien, titulaire d’un DEUG en diététique sportive. Cela fait déjà plusieurs années qu’il accompagne un grand nombre de joueurs professionnels sur le plan diététique. Ce volet-là était jusqu’à présent difficilement accessible à un certain nombre de joueurs(ses). De par mon passé de joueur, je suis conscient que ce paramètre est essentiel au bien-être quotidien. Il m’a donc semblé très important d’en faciliter l’accès à nos adhérent(e)s en leur proposant ce service, avec un bilan personnalisé gratuit à leur disposition.

Mathilde Lacrouts : Une nouvelle année débute. Quels sont les objectifs de Provale pour 2020 ?
Mathieu Giudicelli : En 2020, notre objectif principal sera de continuer à défendre les intérêts des joueuses et des joueurs et d’accompagner au mieux ceux qui sont dans le besoin.
En interne, nous allons dynamiser certains volets et proposer de nouvelles mesures ainsi que de nouveaux services/événements à nos adhérents. Nous travaillons à l’élaboration d’une plateforme e-learning et nous avons pour projet de développer fortement nos partenaires formation et reconversion, afin de proposer encore plus de choix dans notre éventail aux adhérent(e)s. En conséquence, nous allons remettre au goût du jour, les journées de la reconversion, un format de rencontre joueurs(ses)/entreprises. Nous avons également pour objectif d’accentuer notre proximité avec les joueurs(ses), en nous rendant encore plus régulièrement dans les clubs. Nous effectuerons des bilans et un suivi individuel, afin d’être au plus près de nos adhérent(e)s, de les accompagner au mieux et de répondre efficacement à leurs demandes.

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