Interview

Jan 31, 2020 | Actualités, Event, Interview, Reconversion, Réseau

« Le capitanat impose une mise en lumière forte et beaucoup d’exigences aussi. »

 

Guilhem Guirado a officiellement pris sa retraite internationale à l’issue du quart de finale de la Coupe du monde 2019 perdu contre le pays de Galles (20-19). Désormais joueur de Montpellier, Guilhem, qui a disputé soixante-quatorze matchs sous le maillot frappé du coq, dont trente-trois en tant que Capitaine, se consacre aujourd’hui pleinement à son nouveau challenge. Actuellement blessé à un biceps, le talonneur, membre du Comité Directeur de Provale, a accepté de répondre à nos questions. À l’aube du premier match du Tournoi face à l’Angleterre, il nous a donné son sentiment sur cette compétition et sur cette génération qui monte. Rencontre…

« Porter ce maillot est une chance tellement extraordinaire qu’il est difficile d’y renoncer. »

Mathilde Lacrouts : Comment vas-tu après ton opération au biceps en novembre dernier ?
Guilhem Guirado : Ça va plutôt très bien. Cela fait dix semaines que j’ai été opéré et la guérison est sur la bonne voie. J’ai repris la course et cela fait vraiment du bien de retrouver des sensations. Ça me change aussi les idées. Je fonctionne par paliers. Le prochain est de reprendre la musculation, de retrouver ma force et mes muscles dans le biceps. J’espère être opérationnel dans un mois et demi. Je prends donc mon mal en patience.

Mathilde Lacrouts : Tu n’as pour l’instant disputé qu’un match sous ton nouveau maillot du MHR. Comment se passe ton intégration au sein de ta nouvelle formation ?
Guilhem Guirado : Tout se passe très bien. Je suis arrivé à Montpellier sur la pointe des pieds. J’ai été interrompu dans mon élan à cause de ma blessure. Depuis un mois et demi, j’ai repris l’activité physique et je passe donc davantage de temps avec les joueurs. Il y a une très bonne entente dans le groupe. Je suis content de partager à nouveau beaucoup de moments avec mes coéquipiers. C’est important.

Mathilde Lacrouts : Tu as annoncé ton arrêt de carrière internationale à l’issue de la Coupe du Monde. Qu’est-ce qui a motivé ton choix ? L’avais-tu mûrement réfléchi ?
Guilhem Guirado : C’est venu progressivement. Je m’étais fixé un dernier gros challenge avec la Coupe du monde. L’équipe de France demande beaucoup de temps et d’exigence. Encore plus lorsqu’on est capitaine. Lorsque j’ai décidé de signer à Montpellier, je me suis dit que le moment était venu pour moi de me consacrer à 100% à ce club et qu’il était donc temps de tourner la page internationale.

Mathilde Lacrouts : Quelques mois après cette annonce, ne regrettes-tu pas ta décision ?
Guilhem Guirado : Non, pas du tout. J’avais bien réfléchi ce choix. Je voulais partir de moi-même, et, si l’on peut parler ainsi, par la grande porte. J’ai vu le groupe rajeunir peu à peu. Je me suis dit qu’il était temps de passer le relai. Bien sûr qu’au fond de moi j’aurais eu envie, encore et encore, de jouer pour cette équipe. Porter ce maillot est une chance tellement extraordinaire qu’il est difficile d’y renoncer. Mais il faut savoir se faire une raison parfois. Savoir s’arrêter au meilleur moment et sans avoir de regrets.

« Le plus important pour moi a toujours été de rester moi-même et de rester fidèle à mes valeurs et aux valeurs de notre sport. »

Mathilde Lacrouts : Quel est ton plus beau souvenir sous le maillot frappé du coq ?
Guilhem Guirado : Il est impossible de détacher un seul moment de cette incroyable expérience. Ce que je retiens de ma carrière en Bleu, ce sont les rencontres que j’ai faites. J’ai tissé des liens incroyables avec des personnes qui sont aujourd’hui mes amis. Je m’en suis encore plus aperçu lorsque j’ai signifié mon arrêt. Aujourd’hui, je ne suis plus international mais ces personnes font toujours partie de ma vie. Je suis heureux de ça. En équipe de France, j’ai vécu quatre périodes différentes : mes débuts, une période de diète, mon affirmation dans ce groupe, et enfin le moment d’en devenir le capitaine. Cette expérience globale a été incroyablement formatrice et enrichissante d’un point de vue sportif et humain.

Mathilde Lacrouts : Être capitaine, c’est une responsabilité importante. Comment as-tu vécu cette expérience ?
Guilhem Guirado : C’est vrai que quand on est capitaine, ce rôle est très important aux yeux de tous. Cela demande beaucoup de maturité et il en découle énormément de sollicitations.
Mais pour moi, c’est ce qui se passe sur le terrain qui est le plus important. Je pense avoir toujours été sincère et franc avec mes coéquipiers.
Vu de l’extérieur, on pense que le capitaine de l’équipe de France gère tout le rugby français. C’est un sacré paradoxe ! Mais être capitaine, c’est être un joueur comme un autre et cela ne peut pas se faire sans le soutien de ses coéquipiers. Cette expérience que j’ai vécue avec les Bleus a été incroyable. J’avais pu préparer ce rôle de capitaine en amont car j’étais proche de Thierry Dusautoir. Il m’a donc énormément apporté et conseillé. C’est en devenant capitaine de l’équipe de France que l’on mesure l’ampleur de la tâche. Mais le plus important pour moi a toujours été de rester moi-même et de rester fidèle à mes valeurs et aux valeurs de notre sport.

 » Ce XV de la Rose est bien plus expérimenté que nous. Si toutes les planètes sont alignées, tout va bien se passer. »

Mathilde Lacrouts : Le Tournoi approche à grands pas. Ce week-end, les Bleus affronteront l’Angleterre. Que penses-tu de cette équipe anglaise ?
Guilhem Guirado : Ce XV de la Rose est bien plus expérimenté que nous. Mais c’était aussi le cas lors du Tournoi il y a deux ans. Cela ne nous avait pas empêchés de les battre. Je pense que si toutes les planètes sont alignées, tout va bien se passer. J’espère que ces deux semaines de préparation auront permis au groupe de se forger et de se souder. Je reste convaincu que tout est possible sur un match. J’ai confiance en cette équipe.

Mathilde Lacrouts : Par rapport à la dernière Coupe du Monde, l’équipe de France a été pas mal remaniée. Quel est ton avis sur cette nouvelle génération qui monte ?
Guilhem Guirado : Cette équipe de France est jeune mais elle n’est pas inexpérimentée. Beaucoup de joueurs ont brillé par le passé dans les sélections de jeunes. Cette équipe va apporter un vent de fraîcheur. Elle est programmée pour durer ! J’ai bon espoir.

Mathilde Lacrouts : Tu parlais précédemment de ta relation avec Thierry Dusautoir. Ton successeur au galon de capitaine est Charles Ollivon que tu as côtoyé sous le maillot de Toulon. As-tu échangé avec ce joueur après sa nomination ?
Guilhem Guirado : J’ai appris à connaître Charles lorsque je jouais à Toulon. À cette époque, il n’avait pas été épargné par les pépins physiques. Mais il s’est toujours battu pour revenir plus fort. Il a cette force en lui, c’est un battant ! Nous avons échangé lorsque le rôle de capitaine lui a été confié. Il m’a posé des questions et je lui ai fait part de mon ressenti en tant qu’ami. Le capitanat impose une mise en lumière forte et beaucoup d’exigences aussi. Je lui ai surtout dit de faire les choses comme il les ressent. Il est le nouveau capitaine. Le but n’est pas qu’il ressemble à tel ou tel ancien. Mais juste qu’il soit lui, Charles Ollivon, capitaine du XV de France, tout simplement. C’est son histoire et celle du XV de France qu’il est en train d’écrire.

« Je suis venu à Montpellier pour relever de beaux défis et j’ai une grande soif de gagner. »

Mathilde Lacrouts : Désormais, tu es focalisé sur ton club de Montpellier. Quels sont tes objectifs avec le club héraultais ?
Guilhem Guirado : J’espère tout d’abord revenir plus fort après cette vilaine blessure au biceps. Je vais mettre toutes mes forces dans ce nouveau challenge. J’espère que nous parviendrons à accrocher le wagon du Top 6 pour disputer les phases finales. Nous avons pris un peu de retard par rapport aux deux premiers du classement mais j’ai confiance en cette équipe et en notre fin de saison. Je suis venu à Montpellier pour relever de beaux défis et j’ai une grande soif de gagner.

 Mathilde Lacrouts : Tu es aussi membre du Comité Directeur de Provale depuis le mois de janvier 2019. Qu’est-ce qui t’a incité à accepter cette aventure ?
Guilhem Guirado : J’ai eu envie de m’impliquer davantage afin de transmettre un message fort aux joueurs. Je suis conscient du travail réalisé par Provale depuis bientôt 22 ans. J’ai connu cette institution lorsque j’avais 19 ans. Certains joueurs n’ont pas conscience du travail effectué par le syndicat ni de son importance. J’ai du mal à comprendre les joueurs qui n’adhèrent pas à Provale. Provale c’est notre bouée à tous, dans les bons et les mauvais moments. Il faut que nous soyons tous impliqués afin de faire bouger les lignes et de faire évoluer encore notre statut de sportifs.

Mathilde Lacrouts : De quelle façon t’impliques-tu plus précisément dans le syndicat ?
Guilhem Guirado : J’essaie tout d’abord de me rendre disponible pour les salariés à chaque fois qu’ils me sollicitent. J’essaie de m’ouvrir au maximum à eux. Derrière Provale, il ne faut pas oublier qu’il y a des gens qui bossent chaque jour pour nous. Nous les joueurs, on bénéfice de tout ce que Provale met en place. Il est donc important pour moi d’être présent pour l’institution, d’être un relai auprès des salariés.
Je m’implique aussi plus précisément au niveau des partenariats. Je pense qu’il est important que de petites mains comme nous donnent un peu de leur temps à notre syndicat.

« Grâce à Provale Formation et à la Commission d’Aide à la Reconversion de la Ligue Nationale de Rugby, nous sommes vraiment bien accompagnés. »

Mathilde Lacrouts : L’une des préoccupations de Provale a toujours été la reconversion des joueurs. As-tu déjà pensé à la tienne ? As-tu entamé des démarches ?
Guilhem Guirado : L’EDHEC de Nice propose une filière de formation en e-learning qui conjugue sport et études dans le cadre du programme BBA. Étant donné qu’avec le rugby mon agenda est assez chargé, j’ai trouvé cette formation très intéressante. J’ai une tutrice attitrée et, même si au début je manquais un peu de méthodologie, tout est très vite revenu. J’ai toujours eu conscience de l’importance de me former en parallèle du rugby. D’ailleurs, j’ai eu la chance de valider un DUT au début de ma carrière. Je n’ai pas eu le courage de poursuivre ensuite sur une Licence et je le regrette. Je suis quand même fier d’avoir déjà ce diplôme en poche et je vais tout faire pour réussir mon Bac + 4 en Business et Management. Reprendre des études pendant la carrière, c’est aller voir plus loin. C’est regarder ailleurs qu’en direction du rugby. C’est rencontrer d’autres personnes et s’ouvrir à elles. Cela me fait beaucoup de bien à la tête. Grâce à Provale Formation et à la Commission d’Aide à la Reconversion de la Ligue Nationale de Rugby, nous sommes vraiment bien accompagnés. Beaucoup de joueurs n’en ont pas assez conscience. J’espère qu’ils seront de plus en plus nombreux à préparer leur reconversion pendant leur carrière. Passer du temps sur les réseaux sociaux pendant son temps libre c’est bien, mais ce n’est pas comme cela qu’on prépare le futur.

 

Digest

Guilhem Guirado
33 ans – Talonneur
Carrière en club
Perpignan – 2006 à 2014
Toulon – 2014 à 2019
Montpellier – 2019 à 2022
Carrière internationale
74 sélections entre 2008 et 2019
33 élection en tant que capitaine (de 2016 à 2019)
3 Coupes du monde disputées (2011 – 2015 – 2019)
8 Tournois des 6 Nations (2008 – 2011 – 2013 – 2014 – 2015 – 2016 – 2017 – 2018 – 2019)
Palmarès
Champion de France en 2009 (Perpignan)
Champion d’Europe en 2015 (Toulon)

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