Interview de Matthieu Ugena

Sep 14, 2018 | Actualités, Interview, Mutation

Matthieu Ugena (23 ans) a été licencié par le Stade Français Paris au mois de Juin 2018. Ayant appris la nouvelle très tardivement, il n’a pas eu le temps de se retourner et s’est retrouvé au chômage. Les jours qui ont suivi ont été difficiles mais le troisième ligne a, comme sur le terrain, fait preuve d’un caractère à toutes épreuves. Et il a redoublé d’efforts pour enfin trouver un nouveau club en participant notamment au camp des joueurs sans club de Provale en juillet dernier. Il y a quelques semaines son téléphone a enfin sonné,  cette fois pour une bonne nouvelle. C’est dans le Béarn, à la Section Paloise, que le jeune-homme va enfin renouer avec sa passion.Plus mature et plus déterminé que jamais, Matthieu Ugena est mort de faim et décidé à s’imposer. Rencontre…

Provale : Tu viens de vivre trois mois très difficiles. Peux-tu nous dire comment tu as géré ces moments ?
Matthieu Ugena : Honnêtement ? Mal. Très mal. Quand j’ai appris mon licenciement du Stade Français Paris, tout s’est bousculé dans ma tête. Je ne m’y attendais pas. J’ai vécu des moments difficiles mais j’ai choisi de ne rien lâcher. Je me suis accroché à 200%.

Provale : Tu fais partie des joueurs qui ont choisi de participer au stage des joueurs à la recherche d’un club organisé par Provale à l’UBB au début du mois de juillet. Que retiens-tu de cette semaine girondine ?
M.U : Je suis content d’avoir participé. Très sincèrement, au début, cela n’a pas été facile. Je crois que mon égo en a pris un coup. Il est difficile d’assumer, d’exposer aux yeux de tous le fait d’être sans club. Mais comme mes quatre camarades (NDLR : Benjamin Lapeyre, Baptiste De Clercq, Paul Cout-Lannes et Lorenzo Cittadini), j’ai pris sur moi. J’ai essayé de prendre ce qui m’arrivait de la façon la plus positive possible. Nous étions tous les cinq dans la même situation et étions entourés de personnes qui nous comprenaient, qui savaient exactement ce que nous vivions. Je me suis beaucoup confié à ma famille et à mes amis également durant cette période. J’ai été très entouré. Mais, au fond, personne ne savait vraiment ce que je pouvais ressentir. Lors du stage, nous parlions tous le même langage. Cet événement n’a été que positif pour moi. J’ai retrouvé un groupe, je me suis entraîné dur, j’ai pu travailler mon mental, la diététique. Ce stage m’a rassuré et a évité que je me renferme sur moi-même.

« Ce stage m’a rassuré et m’a évité de me renfermer sur moi-même. »

Provale : Une fois le stage achevé, tu es retourné à la vraie vie. Un nouveau coup de massue ?
M.U: Il a bien fallu se rendre à l’évidence. J’étais sans club. Lorsque le téléphone sonnait et que mon agent m’annonçait qu’une équipe était intéressée pour me recruter, il  se passait toujours quelque chose qui faisait capoter. À chaque fois, je prenais un coup sur la tête. J’ai eu la chance dans mon malheur d’être proche de Marvin O’Connor qui a été dans la même situation que moi. Il a donc vécu les mêmes choses. Il a rebondi un peu plus tôt que moi avec France à 7. Il avait donc un programme physique à suivre. Il m’a hébergé chez lui et tous les jours nous nous sommes entraînés comme des fous. Nous avions pris un abonnement dans une salle de sport et avions trouvé un petit terrain de rugby pour le physique. Du coup, ça m’a évité de sombrer. On se motivait tous les deux. Nous étions très assidus. On en a chié mais, avec du recul, on a aussi passé des bons moments.

Provale : Tu as signé à la Section Paloise il y a quelques jours. Tes efforts sont enfin récompensés. Que ressens-tu aujourd’hui, après tous ces mois de galère ?
Matthieu Ugena : J’ai signé un contrat d’un an à la Section. Je remercie sincèrement Pau de m’avoir fait confiance. J’ai envie de montrer au président et aux entraîneurs qu’ils ne se sont pas trompés. Je vais tout donner pour ce club. Je suis très revanchard et heureux.

« J’ai envie de montrer au président et aux entraîneurs de Pau qu’ils ne se sont pas trompés. »

Provale : En quelques mois penses-tu que tu as changé ? Cette situation t’a-t-elle transformé ?
M.U : C’est très difficile à expliquer. Mais je peux dire que le Matthieu d’hier n’est pas le même que celui d’il y a trois mois. Je n’ai plus la même approche des choses, je suis plus raisonné, j’ai grandi. J’ai pris conscience de beaucoup de choses. Je me remets encore plus en question chaque jour. Même dans ma vie personnelle, je suis davantage ouvert. C’est étrange lorsque je parle de ça mais finalement, j’ai tiré beaucoup de bénéfices de ces moments compliqués. Et j’ai aussi pris conscience que notre métier est éphémère, que tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre.

Provale : Justement, tu viens de te lancer dans un cursus de formation. Peux-tu nous en parler ?
M.U : Juste avant de signer à Pau, je commençais à me dire que le rugby était peut-être terminé pour moi. Je me suis intéressé à d’autres choses et notamment au monde de l’immobilier dans lequel travaillent des membres de ma famille. Je n’exclue pas de me lancer dans ce secteur après le rugby. J’ai aussi un projet en tête, celui de créer un réseau social basé sur la géolocalisation. C’est pour ça que j’ai postulé à la formation « Manager de Business Unit » créée en association entre Provale et la Toulouse Business School. J’ai fait ma rentrée il y a quelques jours. Ce cursus va me permettre de mener à bien mon projet en développant les compétences utiles pour le concrétiser. Tout va donc bien pour moi, sur et en-dehors des terrains.

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