Nous vous avions présenté sa reconversion dans notre magazine de janvier 2016. Nicolas Bontinck, ancien troisième ligne de Bourgoin, Auch et Lyon, qui a mis un terme à sa carrière en 2014, s’était associé pour créer une société spécialisée dans le bien-être des salariés dans les entreprises. Quelques années plus tard, l’association a pris fin et Nicolas Bontinck s’est tourné vers de nouveaux projets. Pour Provale, il raconte la dure réalité d’être associé en nous faisant part de son expérience. Rencontre.

Provale : Lors de notre entrevue en 2016, tu nous racontais la création de ton entreprise innovante, experte dans le bien-être et l’efficacité au travail,  en association avec une personne de ton entourage. Où en es-tu aujourd’hui ?
Nicolas Bontinck : Effectivement, j’avais rencontré cette personne lorsque je préparais ma reconversion. Elle avait envie de monter quelque chose dans ce secteur. Je lui ai proposé d’amener mon expertise dans le domaine sportif. Nous avons décidé de nous lancer. Nous avions des projets, de belles idées. Tout était merveilleux et la structure a très vite été viable. Elle l’est toujours d’ailleurs. Mais je crois que nous avons oublié l’essentiel.

Provale : L’essentiel, justement, quel est-il lorsqu’on décide de s’associer dans une entreprise ?
Nicolas Bontinck : L’essentiel est de bien connaître la personne avec qui on s’associe. Force est de constater que ce n’était pas mon cas. La beauté du projet a masqué tout le reste et nous sommes allés bien trop vite en besogne. Je pense que nous avons négligé les détails, les bases.

« Cela a été une grande déception car je croyais aux rapports humains et que j’ai été très déçu par mon associée. »

Provale : L’association a donc pris fin. Comment l’as-tu vécu ?
Nicolas Bontinck : Il fallait que cela se termine. Mon épouse m’a ouvert les yeux. C’était devenu compliqué à vivre. Je n’avais plus la même motivation pour me lever le matin. Il fallait que je prenne la bonne décision pour ne pas mettre en péril ma famille. Cela a été une grande déception car je croyais aux rapports humains et que j’ai été très déçu par mon associée. Le projet était pourtant très bon mais les relations humaines ont cassé. Quand on est rugbyman professionnel, on doit faire confiance à l’autre qui se bat avec nous sur le terrain. On va à la guerre ensemble. Je pensais que c’était pareil dans l’entreprise. J’ai accordé ma confiance trop vite. Dans l’entreprise tout n’est pas aussi instantané que sur le terrain. Mais ça, je ne le savais pas. Je l’ai donc appris, et malgré la déception, j’ai énormément appris de cette expérience. J’ai grandi.

Provale : On dit que « chat échaudé craint l’eau froide ». Est-ce ton cas ?
Nicolas Bontinck : J’ai été déçu mais je n’ai pas perdu la foi en l’autre. Pendant quelques mois, j’ai tout coupé. J’ai eu besoin de me recentrer sur moi, sur les miens. Et puis, j’ai eu l’opportunité de créer une nouvelle entreprise en association avec un ami de très longue date. La question de la confiance ne s’est pas posée. Enfin si, elle s’est posée mais je savais que je pouvais me lancer. J’ai réfléchi et j’ai pris ma décision en sachant que je ne me trompais pas. Contrairement à la première fois, on a tout réfléchi, on a pris le temps de poser les bases. On en a parlé. Tout était clair et si quelque chose ne l’était pas, on éclaircissait les choses. Et tout se passe pour le mieux aujourd’hui.

« Même si tout n’a pas été simple pour moi, je pense que j’ai appris de toutes ces situations, bonnes et moins bonnes. »

Provale : Peux-tu nous parler de cette nouvelle reconversion ?
Nicolas Bontinck : Il y a un an, mon associé et moi avons créé la société Escapades Adaptées. Il s’agit d’une agence de voyage pour les personnes en situation de handicap mental. Ce secteur m’a toujours intéressé car mon père était éducateur spécialisé. C’est un domaine qui a du sens et où les valeurs humaines sont primordiales. Nous proposons donc des séjours aux personnes handicapées mentales qui sont dans des structures d’accueil. Cela permet à ces personnes de sortir un peu de leurs institutions et de profiter de la vie, tout simplement. Elles sont encadrées par des éducateurs.
C’est un concept qui plait beaucoup. C’est un métier dans lequel il faut être proactif car on sait que forcément quelque chose ne se passera pas comme on l’avait prévu.Cette année, nous avons pu permettre à 120 personnes de Bourgogne et de Franche Comté de voyager. Notre objectif n’est pas que la structure grossisse mais qu’elle se diversifie en proposant des destinations innovantes.

Provale : Finalement, tout se termine bien pour toi. Quels conseils voudrais-tu donner aux joueurs qui liront ce témoignage ?
Nicolas Bontinck : Quand le rugby s’arrête, il faut avoir pleinement conscience que la vie va changer. Je m’y étais préparé. J’avais notamment suivi la formation Manager Tout Terrain mise en place par Provale qui est aujourd’hui remplacée par la formation Manager de Business Unit. Cette formation m’a beaucoup aidé dans le lancement de ma société et surtout dans l’approche globale. Je pense qu’il faut vraiment être proactifs lorsqu’on est encore sur le terrain. Il ne suffit pas de le dire, il faut le faire. Quand on arrête, la moitié de notre répertoire s’annule du jour au lendemain.
Je suis content aujourd’ui de partager mon expérience. Cela m’a beaucoup servi d’écouter les anciens lorsque j’étais encore rugbyman. Il faut être attentif lorsqu’on se lance dans sa reconversion. Même si tout n’a pas été simple pour moi, je pense que j’ai appris de toutes ces situations, bonnes et moins bonnes. C’est mon principe de vie.

Share This