Provale s’associe à Ovale Citoyen

Oct 5, 2018 | Actualités, Emploi, Interview, Partenariat

Jean-François Puech & Christian Iacini aiment le rugby et les gens. Il y a quelques mois, ils ont décidé de créer Ovale Citoyen, une association qui « raffute » l’exclusion et permet à des migrants, Sans Domicile Fixe et personnes sorties de prison de se réinsérer socialement par le rugby. Provale, très sensible à cette cause, a décidé de soutenir l’association. Découvrez en détails les missions d’Ovale Citoyen dont les deux co-présidents sont déterminés à ne rien lâcher.

« Un jour, nous sommes tombés sur un squat de migrants et l’idée de faire quelque chose pour eux a germé. »

Provale : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Jean-François Puech : Nous sommes anciens joueurs et entraîneurs de Série de clubs bordelais. Très souvent, avec les équipes que nous entraînions, nous nous sommes rendus dans les banlieues pour partager le rugby avec des jeunes. Et un jour, nous sommes tombés sur un squat de migrants et l’idée de faire quelque chose pour eux a germé.

Christian Iacini : Ce qui nous a plu chez ces personnes c’est leur détermination et leur motivation. Finalement, ce sont des qualités recherchées dans une équipe de rugby. Ils sont solidaires entre eux, respectent les cadres. Ils ont tout pour s’intégrer dans la vie européenne et française en particulier.

Provale : C’est donc ainsi qu’est née votre association, Ovale Citoyen ?

Jean-François Puech : Oui, nous nous sommes aperçus que toutes ces personnes, qui sont pour la plupart des migrants, des sans Domicile Fixe et des jeunes sortis de prison, ne connaissaient pas le rugby et que chacune d’elles avait le désir de découvrir ce sport. Le physique de ces hommes était tel que nous nous sommes dit qu’il y avait quelque chose à faire pour eux en lien avec notre sport. L’idée était donc de proposer à toutes ces personnes une réinsertion sociale par le rugby.

Jean-François Puech et Christian Iacini, co-présidents d’Ovale Citoyen.

« Les entreprises sont en recherche de salariés motivés, ponctuels et respectueux. C’est le cas de toutes les personnes que nous accompagnons. »

Provale : Du coup, comment tout cela s’est-il organisé ?

Jean-François Puech : En plus du sport, qui est un excellent vecteur d’insertion, nous avons souhaité développer un triptyque basé sur la santé et l’hygiène, l’apprentissage de la langue française et l’accès au monde du travail.

En effet, tous ces jeunes, qui ont entre 18 ans et 30 ans, sont dans une précarité très importante et n’ont pas accès aux soins. Notre association étant basée à Bordeaux, nous avons donc développé, grâce à la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle, la possibilité pour tous nos membres de passer une visite médicale. Ils ont aussi accès à un service de médecine tropicale ainsi qu’un accès gratuit à un centre de vaccination.  L’Association-Féminité-Sans-Abri nous fournit aussi des produits d’hygiène.

L’apprentissage du français est également un élément indispensable pour la réinsertion sociale de ces personnes. L’association OSB IV, qui est composée d’étudiants en Licence des Sciences de l’Éducation, intervient donc à nos côtés. Tout comme des professeurs et des retraités bénévoles. Nous sommes très bien entourés. C’est merveilleux de voir toute la solidarité qui s’est mise en place autour de notre association. Le réseau social Wanted, qui fédère énormément de monde en ligne, est notre relai auprès de la société civile qui n’est pas en lien avec le rugby.

Nous ne maîtrisons pas tous les domaines et avons une chance inouïe de pouvoir nous appuyer sur toutes ces associations et personnes compétentes pour combler tous ces à côté.

Christian Iacini : L’accès au monde du travail est aussi un élément déterminant sur lequel nous travaillons d’arrache-pied. Et je ne vous cache pas que c’est aujourd’hui le point le plus bloquant. Les entreprises sont en recherche de salariés motivés, ponctuels et respectueux. C’est le cas de toutes les personnes que nous accompagnons. Mais parfois elles sont réticentes à se lancer. Il n’y a pourtant rien de compliqué mis à part quelques formalités qui se règlent facilement en préfecture. Nous sommes en lien avec deux agences d’intérim qui semblent intéressées. Nous espérons que cela va aboutir. Nous espérons que des entreprises vont aussi nous contacter.

Provale : Combien de membres et de bénéficiaires compte l’association à ce jour ? S’adresse-t-elle autant aux hommes qu’aux femmes ?

Jean-François Puech : Aujourd’hui, nous avons une quinzaine de membres très actifs et autant de bénévoles qui interviennent ponctuellement. Ensuite, nous accompagnons entre 60 et 80 personnes. Je dis « personnes » car, pour être tout-à-fait honnête, au départ, nous pensions que cette association ne séduirait que des hommes. Mais, très vite, nous avons été débordés par le nombre de demandes de femmes. Du coup, elles ont elles aussi un accès à nos prestations et s’entraînent chaque lundi en parallèle de leurs maris ou amis.

« Je tiens à remercier l’UBB et la mairie de Bègles. Sans eux, le projet serait mort-né. »

Provale : Justement, comment se déroule l’entraînement du lundi ?

Jean-François Puech : Cet entraînement dure environ 1h30 et se déroule sur le terrain synthétique de l’UBB que je tiens à remercier une nouvelle fois ainsi que la mairie de Bègles pour la mise à disposition des infrastructures. Très clairement, sans eux, le projet serait mort-né. Six à huit entraîneurs sont présents pour encadrer ces hommes et ces femmes. Nous avons aussi mis en place un système de garderie sur le bord du terrain pour ne pas laisser les enfants livrés à eux-mêmes durant l’entraînement. Depuis quelques semaines, deux coiffeuses bénévoles viennent couper les cheveux aux joueuses et joueurs avant et après l’entraînement dans un local mis à disposition par la section amateur de l’UBB. Les joueurs sont tellement motivés qu’ils arrivent une heure avant l’entraînement. On leur remet des affaires propres qu’ils nous restituent en fin d’entraînement et qu’on leur rend propres la semaine suivante. Ils ont aussi accès à une douche chaude. Pour certains, c’est l’unique douche de la semaine. Et enfin, ils ont droit à une collation pour recharger un peu les batteries.

Christian Iacini : Je crois qu’on peut le dire, une famille est née avec Ovale Citoyen. La notion d’équipe a renforcé les liens. Toutes ces personnes sont déracinées et désormais elles appartiennent à un groupe. Elles se respectent et se font confiance.

Je suis ébahi de voir les progrès faits par tous ces néo-rugbymen. Il y a un mois à peine, ils n’avaient encore jamais touché un seul ballon de rugby de toute leur vie. Aujourd’hui il font des chisteras, prennent des intervalles. C’est bluffant. Ils ne rechignent jamais, ils ont envie de bien faire. Leur engagement et leur envie laissent augurer de belles choses en-dehors des terrains.

Je suis aussi heureux de voir que des personnes venant d’autres milieux s’impliquent lors des entraînements. Il y a un journaliste qui était venu faire un reportage sur nous et qui, désormais, vient s’entraîner tous les lundis. Il y a aussi un Argentin, qui est parfaitement inséré mais loin de son pays. Ovale Citoyen, c’est une mixité sociale et raciale dont le respect est la base.

Les joueurs d’Ovale Citoyen, un lundi soir à l’entraînement.

Provale : En quelques mois, tout est allé très vite. Est-il envisageable de décliner Ovale Citoyen dans d’autres endroits en France ?

Christian Iacini : Oui, c’est envisageable. La Région de Nouvelle-Aquitaine nous pousse d’ailleurs dans ce sens et aimerait que nous développions notre association du côté de Soyaux-Angoulême, de Tulle et de Pau. Mais pour cela, nous avons besoin de fonds. Aujourd’hui, notre préoccupation première est d’arriver à récolter des vêtements et du matériel pour l’hiver qui arrive à grands pas. Nous allons aussi essayer de trouver un food-truck qui pourrait servir des repas chauds à l’issue des entraînements. Car lorsqu’il fera froid, une collation ne sera pas suffisante. Et puis, bien entendu, tout cela demande aussi un investissement énorme. Je suis infirmier anesthésiste, je fais de grosses journées. Jean-François travaille à son compte, il ne compte pas non plus ses heures. Tous les bénévoles travaillent ou sont étudiants. Nous donnons beaucoup de notre temps pour réussir ce beau projet.

« En contactant Provale, nous voulions nous rapprocher des joueurs, du terrain. C’est une approche à la fois symbolique et pragmatique. »

Provale : Aux prémices de la création d’Ovale Citoyen, vous vous êtes rapproché de Provale. Pour quelles raisons ?

Jean-François Puech : Il était évident pour nous de nous rapprocher des institutions du rugby français : la LNR, la FFR et Provale. Serge Simon, vice-président de la FFR est d’ailleurs devenu membre du comité de suivi d’Ovale Citoyen. En contactant Provale, nous voulions nous rapprocher des joueurs, du terrain. C’est une approche à la fois symbolique et pragmatique. Provale œuvre pour la défense des joueurs, il les accompagne à différents niveaux avant, pendant et après leur carrière. Il s’occupe aussi de joueurs déracinés. C’était donc naturel pour nous de créer quelque chose avec vous qui avez répondu favorablement à cette demande. Je suis certain que les joueurs de rugby professionnels vont être sensibles aux valeurs défendues par Ovale Citoyen.

Christian Iacini : Nous sommes d’ailleurs en train de créer différentes opérations ensemble dont nous pourrons reparler en détails très bientôt. Parmi elles, une collecte de matériel est en train d’être mise en place. C’est une très bonne chose et un signe fort.

Provale : Ovale Citoyen a aussi des parrains. Pouvez-vous nous les présenter ?

Jean-François Puech : Nous nous sommes rapprochés de Raphaël Poulain dès le début de notre jeune histoire. Il a reçu notre mail et dix minutes après, il nous a recontactés. C’était une évidence pour nous de le choisir. Son parcours est atypique, il a vécu une vraie descente aux enfers. Pour lui aussi l’évidence a eu lieu. C’est un vrai parrain, pas seulement un parrain de façade.

Christian Iacini : Comme nous prônons la mixité et l’égalité hommes/femmes, nous avons proposé à Maryse Éwanjé –Épée, qui est une figure du sport, et dont le fils pratique le rugby à Massy, de nous soutenir. Elle a accepté avec plaisir de devenir notre marraine et va notamment nous soutenir dans la relation médias. Nous sommes ravis.

D’autres personnes connues sont en train de se rallier à notre cause. C’est super !

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