Rencontre avec Cyril Vancheri

Fév 19, 2018 | Actualités, Interview

« Provale est aujourd’hui une vraie boîte à outils pour les joueurs. Cette fusion était vraiment nécessaire.
Ça justifie aussi la qualité de l’adhésion et le geste militant. »

Ancien pilier, Cyril Vancheri a commencé par le rugby à XIII avant de signer son premier contrat professionnel quinziste à Lourdes en 1996. S’en suivront les clubs de Narbonne, du Stade Toulousain (champion de France du Top 16 en 1999), de Montauban (champion de France de Pro D2 en 2001), puis d’Albi où Cyril finira sa carrière en 2006, l’année d’accession du club en Top 14 pour la première fois.

Nous sommes en 2001 et c’est Franck Belot, alors membre du Comité Directeur, qui propose à Cyril de rejoindre l’équipe du syndicat. Très rapidement dans le bain, il s’implique progressivement dans la structure et en deviendra trésorier quelques années plus tard.

À l’issue de sa carrière de joueur, intéressé par les ressources humaines, Cyril se lance dans une formation et devient responsable d’agence chez Adecco. C’est alors qu’il mesure toute l’importance du rôle de l’Agence XV qui avait vu le jour quelques années plus tôt :

« À travers le partenariat en place entre Provale et Adecco et le travail de Jérôme (Cazalbou), je trouvais le potentiel de l’Agence XV très intéressant. On voyait que la précarité des joueurs pointait son nez, on découvrait les premières générations n’ayant jamais connu le monde du travail, et j’étais très sensible à tout ça. »

Jérôme Cazalbou avait manifesté sa volonté de quitter la présidence, c’est donc logiquement que l’idée de prendre sa succession a germé. À sa prise de fonction, Cyril avait un objectif : faire de l’Agence XV un organisme de formation :

« Connaissant les fonctionnements des OPCA, les modalités de récolte de fonds, j’ai voulu entreprendre le chantier de donner à l’Agence XV un agrément de formation pour pouvoir collecter des fonds et réaliser des modules de formation. Ça a été long parce qu’il fallait la validation de la LNR et de la FFR, mais c’était mon engagement. »

Il a fallu se battre effectivement, mais Cyril tient à préciser le contexte et l’héritage de sa prise de fonctions.

« Mon prédécesseur Jérôme Cazalbou avait une notoriété que je n’avais pas. Ma légitimité, je l’ai eue davantage par les actes et, en toute humilité, grâce mes qualités de négociateur. Mais surtout, heureusement que Provale était là, avec des présidents qui ont toujours voulu dynamiser cette entité. C’est tout cela qui a permis de faire passer nos messages et de faire avancer la structure. »

Et d’ajouter avec grande satisfaction :

« Aujourd’hui, je suis très heureux de voir que de plus en plus de joueurs prennent en main leur après-rugby. Tout ceci en synergie avec Provale, et c’est une très bonne chose. »

Cette synergie était indispensable pour avancer, et Cyril a pu mener à bien ses engagements en restant membre du Comité Directeur de Provale tout au long de son mandat de président de l’Agence XV :

« On était deux entités distinctes, ce qui assurait une traçabilité sur l’activité et les fonds de l’Agence XV. Le Comité Directeur de Provale validait les décisions, et ma place en tant que membre facilitait les passerelles entre les deux structures. J’ai eu l’occasion de défendre certaines visions de l’Agence XV lors d’Assemblées Générales de Provale et de la partager avec les joueurs.»

Depuis janvier 2017, Provale et l’Agence XV ont fusionné pour devenir « Provale Formation ». Cyril approuve, l’essentiel est préservé :

« On a conservé l’agrément de formation, donc c’est l’essentiel. Il y a toujours plus de 300 dossiers traités par an, il y a aujourd’hui plus de formations, plus qualitatives et bien adaptées aux joueurs. »

Et de rajouter :

« Il est vrai que l’Agence XV souffrait d’une certaine notoriété et il était judicieux de l’intégrer au sein de Provale pour faciliter sa visibilité. Je pense que le virage a été pris au bon moment, parce que les problématiques des joueurs s’accentuaient et que notre carence en notoriété devenait un frein. »

Cette fusion était donc nécessaire, il l’avait d’ailleurs évoqué avec Robins Tchale Watchou au moment du passage de relai en 2011, et les deux hommes partageaient cette même vision.

« Provale est aujourd’hui une vraie boîte à outils pour les joueurs. Cette fusion était vraiment nécessaire. Ça justifie aussi la qualité de l’adhésion et le geste militant » conclut Cyril.

La discussion glisse sur la difficulté de sensibiliser les joueurs sur leur après rugby, une problématique qui s’accentue selon notre ancien président.

« Pour beaucoup de jeunes joueurs aujourd’hui, l’aboutissement est d’être professionnels. Et quand on y est, on a envie d’y rester le plus longtemps possible, parce que c’est le plus beau métier. »

Difficile dans ce contexte de se projeter sur son après-carrière…

« C’est malheureusement souvent quand la carrière s’arrête que le joueur se soucie de son après-rugby et se montre réceptif. On a de très belles réussites de reconversion dans ce sport, mais il reste tous les autres, tous ceux qui n’ont pas osé se confier, qui n’ont pas forcément eu de chance, qui se sont renfermés et qui se sont retrouvés seuls. J’ai bien peur que cette précarité s’accentue. »

Un discours pessimiste ? Absolument pas. Cyril veut juste partir du constat que la société a évolué et pointer du doigt que les solutions sont ailleurs que dans la moralisation :

« Je constate en tant que chef d’entreprise qu’il y a de vraies difficultés sur le recrutement. Il est de plus en plus difficile de trouver des savoirs-être, je veux dire au-delà des compétences. C’est le reflet d’une société individualiste où le paraître est très important. Et dans la difficulté, certains joueurs n’osent pas se livrer, parce que c’est ressenti comme un aveu de faiblesse. On a peur de se montrer tel qu’on est, on attache beaucoup trop d’importance au « Qu’en dira-t-on ? ». Il faut que nous arrivions à faire entendre que la difficulté n’est pas un échec et qu’elle peut se surmonter. Le sportif sait perdre, et on sait très bien qu’il faut apprendre à perdre pour savoir gagner. »

Le volet psychologique prend toute son importance, cela semble inévitable, mais Cyril est convaincu qu’il faut dédramatiser les choses pour pouvoir avancer et optimiser l’accompagnement.

« Il faut continuer à montrer aux joueurs de belles réussites, notamment à travers les témoignages-vidéos de ceux qui se sont souciés par eux-mêmes de leur reconversion. Pour montrer que tout est possible. On ne peut pas être derrière chaque joueur, mais on est là, et on accompagne ceux qui le veulent. »

Et des solutions, au-delà de l’accompagnement, il en existe forcément. Ne dit-on pas que le rugby est une grande famille ? Il semblerait que Cyril appartiennent à ceux qui n’en doutent pas une seconde.

« Quand j’étais président, j’avais un vœu, celui de mettre en place « la journée annuelle de la formation et de la reconversion ». J’imaginais une journée-type qui rassemblerait des anciens joueurs reconvertis et des joueurs en démarche de reconversion. Une journée qui permettrait l’activation du réseau rugby tout en s’appliquant à créer pour les joueurs un lien réel avec le monde du travail. Le chantier est colossal, mais je crois qu’elle est aussi là la solution. Je suis chef d’entreprise et on est beaucoup d’anciens rugbymen dans ce cas. Un système de parrainage entre les anciens et les joueurs actuels serait une passerelle naturelle et efficace vers de belles reconversions. »

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