Rencontre avec Mathieu Blin

Fév 23, 2018 | Actualités, Interview

« Durant ces deux années, j’ai consacré 80% de mon temps personnel au syndicat.
Ce qui est sûr, c’est qu’on ne prend réellement la mesure de cet engagement que lorsqu’on a les deux pieds dedans. »

Avant de devenir le quatrième président de Provale, Mathieu Blin était déjà un joueur impliqué et engagé. Correspondant de Provale avec Pierre Rabadan, son ami-coéquipier du Stade Français, il a rapidement intégré le Comité Directeur, pour y rejoindre le Bureau. Il ne s’est pas présenté à la présidence, les choses sont arrivées à lui comme une évidence…

« Tout a commencé lors d’un séminaire organisé par Sylvain (Deroeux) à Canet, plus particulièrement une journée sur le thème « bilan et perspectives ». Des discussions ont commencé à émerger au sein du Comité Directeur, et l’ensemble des membres m’a demandé si j’acceptais de réfléchir à l’idée de prendre la suite. Je ne m’y attendais pas car je ne m’étais jamais projeté personnellement sur une candidature. J’ai un souvenir de grande émotion ce jour-là car je l’ai reçu comme un gage de confiance très important de la part des membres du Bureau présents. »

Force est de reconnaître qu’il n’y a jamais eu beaucoup de candidats pour ce poste, on y retrouve toujours des hommes pour qui l’engagement collectif et le leadership parlent, forcément. Mais l’engagement ne suffit pas, il faut du temps. Et du temps, Mathieu en avait…

« Je venais juste d’arrêter ma carrière, j’étais au chômage et j’étais donc disponible pour m’investir pleinement. »

Le poste de président était bénévole, et Mathieu n’a pas pour autant compté ses heures…

« Durant ces deux années, j’ai consacré 80% de mon temps personnel au syndicat. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne prend réellement la mesure de cet engagement que lorsqu’on a les deux pieds dedans. »

Le ton devient grave. Mathieu poursuit et glisse vers une confidence qu’il n’avait jamais rendue publique jusqu’à ce jour.

« J’ai vécu un séisme intersidéral tant physiquement que psychologiquement. Je me suis rendu compte qu’il était un peu trop compliqué de porter une voix reliée aux autres et pour les autres, étant moi-même dans une certaine détresse. »

L’arrêt de carrière, la petite mort comme on dit. Mathieu semble soulagé de sortir ces mots pourtant si difficiles. Comme une remise en question de sa légitimité. Et de poursuivre :

« Un jour, lors d’une réunion à Marcoussis dont le but était de travailler sur le développement de la reconversion, en présence des différents partenaires, j’ai tenu un mauvais discours. J’ai dépeint des profils de joueurs en douleur plutôt que de vanter leurs mérites et toutes leurs qualités d’adaptation au monde du travail. Je me suis trompé ce jour-là. J’ai parlé de ce que j’étais en train de vivre. C’est un grand regret. »

Et pourtant, Mathieu en a traité des dossiers, avec force et conviction. Parmi ses chantiers prioritaires, il y avait la problématique de la reconversion justement. En quittant ses fonctions, le syndicat avait réussi à augmenter de façon considérable le fonds d’aide à la reconversion octroyé par la Ligue Nationale de Rugby. Fruit d’un travail en synergie avec l’Agence XV, présidée par Jérôme Cazalbou, puis Cyril Vancheri au cours de son mandat.

C’est à cette période également que l’AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) a établi les listes des joueurs cibles.

« On s’est battu durant tout un été sur le cas de Yoann Huget pour soulever les incohérentes du système, en collaboration avec la FNASS (Fédération Nationale des Associations et des Syndicats de Sportifs) et l’UNFP (Union Nationale des Footballeurs Professionnels) en particulier. Malheureusement, cela n’a pas permis à Yoann de pouvoir faire la Coupe du Monde (2011). Nous ne remettions pas en question la légèreté dont il avait fait preuve, mais nous voulions montrer que les trois « no shows » n’étaient en rien des tentatives de masquer une conduite dopante, mais la résultante de problèmes organisationnels. »

Mathieu Blin s’attarde ensuite sur le sujet brûlant des commotions cérébrales. Dans le prolongement de ce que Serge Simon et Sylvain Dereoux avaient mis en place, il n’a pas lâché ce combat, bien au contraire.

« Je crois qu’on a réussi à faire bouger les lignes considérablement. Nous étions désormais en Bureau de la Ligue et de la Fédération, les responsables médicaux de chaque entité se penchaient enfin réellement sur le problème. Et de toute évidence, les regards sur les commotions cérébrales, et donc sur l’intégrité physique des joueurs, ont commencé à changer. »

Alors que l’activité du syndicat bat son plein, Mathieu est sollicité par le SU Agen pour y prendre le poste d’entraîneur des avants. Nous sommes au printemps 2012 et notre président est confronté à un choix cornélien :

« La décision de partir a été extrêmement dure pour plein de raisons. Déjà parce que je n’allais pas au bout de mon mandat et que j’avais la sensation d’abandonner le navire sans avoir fini dans le temps imparti de mon engagement. Mais aussi parce j’avais cette sensation d’être sur une prérogative très individuelle et personnelle, ce qui ne m’avait pas habité depuis presque deux ans. »

Mais on ne poursuit pas une telle route sans prendre avec soi les leçons tirées d’une pareille aventure. On ne protège pas les joueurs pendant de si longues années sans garder cette foi, quand bien même on se retrouve dans un autre rôle :

« J’ai été un entraîneur très attentif à la santé de mes joueurs, particulièrement sur tout ce qui touchait aux commotions cérébrales, parfois même de manière excessive. Et lorsque je suis devenu manager, j’ai aussi veillé à tout ce qu’un employeur doit respecter sur le plan contractuel. »

Malgré son mandat écourté en tant que président, Mathieu n’a pas compté les années d’investissement au syndicat. Et s’il ne devait retenir qu’une chose, ce sont  :

« Ces innombrables heures en Commission Paritaire où nous avons discuté de la Convention Collective, où nous étions réellement dans cette emprise de construction d’une profession. »

Comment ne pas penser à un homme en particulier, sans doute le plus impliqué de tous :

« Toutes ces heures de débats, souvent passionnés ou excessifs, sont pour moi l’occasion de rendre un immense hommage à Marcel Martin. »

Aujourd’hui, Mathieu n’est plus sur les terrains, mais il garde évidemment un œil attentif sur le rugby d’aujourd’hui qui, selon lui, « n’est pas encore totalement mature », ce qui explique « tous les virages, les excès et les confusions qui existent encore ».

Et lorsque nous l’interrogeons sur sa vision des chantiers prioritaires de Provale, la réponse est immédiate :

« La priorité se porte sur la préservation de l’intégrité physique des joueurs. Le syndicat doit apporter son poids pour faire évoluer les règles autour des rucks notamment- sans pour autant dénaturer le rugby – c’est fondamental. » L’autre sujet lui tenant particulièrement à cœur reste le dopage. « Provale doit pouvoir faire en sorte que la LNR et la FFR soient les premières institutions d’un sport national se lançant dans une campagne de prévention, de suivi et d’accompagnement autour du dopage. Cela demande des fonds importants et nos institutions ont de l’argent. Et cela doit se faire conjointement, pour que le secteur amateur et le secteur professionnel se rejoignent sur ce sujet et avancent concrètement. »

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