Robins Tchale Watchou

Sep 9, 2018 | Temoignages

« J’ai osé bouger les lignes. J’ai réconcilié les joueurs et les joueuses avec Provale.
On a refondu véritablement le syndicat, on l’a même retourné. »

Natif du Cameroun, Robins Tchale Watchou a débuté sa vie sportive au basket, mais ses qualités physiques l’ont rapidement dirigé vers le rugby à l’âge de 16 ans. Ce deuxième ligne signe son premier contrat professionnel en 2005 à Aurillac, puis enchaîne sa carrière à Gaillac, au Stade Français, à Perpignan, avant de raccrocher les crampons en juin dernier après quatre saisons passées au Montpellier Hérault Rugby.

Tout commence un jour de printemps 2007, avec sa participation à la première édition « Tronches de rugby », un ouvrage caritatif et sociétal. Très sensible à la cause des joueurs, son engagement ne fera que croître.

Joueur, « tronche », correspondant, membre du comité directeur puis président, Robins a traversé ses années provalienne sous bien des fronts. À quelques mois de la fin de son mandat, notre président en fait le bilan et se projette sur les challenges de demain.

Provale : Le 12 février dernier, Provale a fêté ses 20 ans. Qu’est-ce que cela t’inspire ?

Robins Tchale Watchou : J’ai envie de dire « 20 ans, déjà » et « 20 ans, heureusement ». Parce que lorsqu’on regarde notre environnement et les enjeux qui sont les nôtres, ce ne sont pas 20 ans de trop, avec ce que cela compte d’expérience et de vécu, dont on aura fortement besoin pour construire l’avenir.

Provale : Ton histoire à Provale a commencé avec ta participation au premier ouvrage « Tronches de rugby » en 2007. Tu étais alors un jeune joueur à Auch. Beaucoup de chemin parcouru depuis, jusqu’à devenir président en 2014. Aurais-tu seulement imaginé un tel destin ?

RTW : Certainement pas ! Parce que c’est juste un parcours spécial en ce sens qu’il n’y a que dans ce genre de maison qu’on peut avoir l’opportunité de passer de simple adhérent à président. Et dans ce schéma, je n’aurais pas parié sur moi.

Provale : Avais-tu déjà une sensibilité sur la vocation du syndicat ?

RTW :Ah oui ! J’ai toujours été adhérent et j’ai toujours eu l’intime conviction qu’il fallait que les joueurs parlent par eux et pour eux.

Provale : Quel était ton regard sur le syndicat avant d’en intégrer le Comité Directeur en 2010 sous la présidence de Mathieu Blin ?

RTW : Assez lointain, jusqu’à ce qu’on fasse un séminaire « bilan/perspectives » avec Sylvain Deroeux en 2010. C’est là que j’ai réellement vu et compris ce qui se passait en interne de la structure. Je me suis rendu compte qu’il y avait d’énormes enjeux que les joueurs ignoraient. Et c’est à l’issue de cette journée que j’ai eu envie de m’intéresser à tout cela de plus près en intégrant le Comité Directeur.

Provale : Puis en 2014, tu as décidé de présenter ta candidature à la présidence…

RTW : J’ai toujours eu cette fibre associative en moi. La présidence est une fonction qu’il faut incarner avec conviction, force et détermination. Je pense aussi que c’est une fonction dont il faut prendre la mesure. Les enjeux que l’on porte, les problématiques que l’on défend vont bien au-delà des intérêts et des forces en présence. Et c’est encore les leçons que je tire aujourd’hui de mes quatre ans de mandat. 

C’est véritablement un métier d’être président.

Provale : Quel était ton programme ?

RTW : En substance, c’était déjà de mettre en adéquation le syndicat avec les attentes des joueurs. J’estimais que nous étions trop loin de leurs réalités.
Le premier exemple qui me vient est la manne financière. Il était d’usage de ne pas parler d’argent à Provale, et je n’étais pas d’accord avec ça. On représente aujourd’hui une génération qui gagne de l’argent et qui en parle. Il fallait ouvrir un département à Provale pour cela, ce que nous avons fait avec « Provale Finance ».

L’autre chose qui m’importait était que l’on devienne une structure qui incite les joueurs à s’impliquer dans la vie du syndicat, Provale ne doit pas être une agence d’assistanat pour le joueur mais son meilleur partenaire pour optimiser sa carrière et préparer son après-carrière.

Provale : Pourquoi avoir passé le mandat à 4 ans ?

RTW : Parce que lorsque j’étais en train de faire mon audit pour préparer mon dossier de candidature, je me suis rendu compte que le temps politique ne correspondait pas du tout avec le temps opérationnel, et que deux ans c’est bien trop court pour mener à bien les projets.

Provale : Tu as été le premier président joueur de Provale. Avais-tu mesuré ce que cela impliquait en termes de rythme et d’investissement ?

RTW : Non absolument pas ! Mais je suis un taureau de nature et j’ai foncé sans me poser la question. Ça m’a énormément apporté, beaucoup coûté aussi en énergie et en temps, mais c’est mon mode de fonctionnement, et mon éducation avant tout.

Et si c’était à refaire, je le referais.

Je veux d’ailleurs rajouter une chose. Quand je suis arrivé, j’ai trouvé une équipe qui avait un certain ADN. On ne se rend peut-être pas compte aujourd’hui, mais le chemin qui a été parcouru à Provale en quatre ans est énorme. C’était une course effrénée. Et si pour moi ça a été brutal, je n’imagine même en interne. C’est l’occasion pour moi de remercier les salariés parce que ça n’a pas dû être simple de passer à une tête dirigeante qui veut toujours plus tout le temps.

Provale : Quelles étaient tes relations avec les institutions ?

RTW : Ça n’a pas été bien vu au départ. Certains trouvaient louable que je prenne de mon temps pour m’occuper des autres, et d’autres le voyaient d’un mauvais œil parce qu’ils considéraient que si je faisais ça je ne me consacrais plus à jouer.

Ma situation de joueur président a eu un effet double dans les négociations. Accélérateur parce que je parlais avec passion, et ralentisseur aussi parce qu’il fallait aussi qu’on me fasse confiance, que je prouve que je savais faire la part des choses entre un vestiaire et une discussion politique qui relevait de ma fonction. Il a fallu du temps.

Provale : À six mois de la fin de ton mandat, quel est ton bilan aujourd’hui ?

RTW : J’ai osé bouger les lignes. J’ai réconcilié les joueurs et les joueuses avec Provale. On a refondu véritablement le syndicat, on l’a même retourné.

Aujourd’hui, nous sommes davantage dans un syndicat de propositions que dans un syndicat de revendications. Quand on est un représentant syndical, il est important d’être capable de dire non, mais aussi de proposer. Etre dans le service et l’accompagnement plus que dans la revendication.

Provale : Quels sont selon toi les prochains challenges que Provale devra relever ?

RTW : À court terme, il va falloir consolider les acquis, stabiliser la structure parce que je pense qu’on a atteint la vitesse de croisière en termes de restructuration en interne. Quant aux sujets de fond, ils sont nombreux : la santé, la prise en charge des joueurs pendant et après leur carrière, la question de la protection de toutes les données informatiques récoltées aujourd’hui chez les joueurs, ou encore les nombreuses ordonnances Macron et leur impact sur la formation du joueur en apprentissage.

Il y a également le cas de la Convention Collective qui doit évoluer parce que notre environnement a changé. La question est de savoir comment faire tout en conservant l’équilibre qui existe aujourd’hui entre les joueurs et les clubs.

Notre rugby est en pleine crise de croissance et Provale va être indéniablement un acteur majeur pour permettre d’en sortir, que ça plaise ou pas. Il faut que le rugby reste un héritage pour les générations futures, et nous allons tout mettre en œuvre pour cela.

Provale : Veux-tu parler de la mise en place des PDM (Player Development Manager) ?

RTW : Exactement ! Les PDM seront l’interface quotidienne entre le joueur et les entités, que ce soit le syndicat, les clubs ou encore les institutions. Aujourd’hui, les joueurs ont besoin d’un service sur mesure à un moment précis, parce que leurs carrières et leurs attentes sont différentes.

On s’est rendu compte qu’en dépit des moyens et des investissements, on arrivait soit trop tôt, soit trop tard. Cela générait beaucoup de frustrations et un sentiment d’inachevé. Les PDM sont peut-être la clé, ce maillon qui manque aujourd’hui dans l’accompagnement et la main tendue dans cet espace de vivre ensemble.

Tout le monde doit travailler dans ce cercle vertueux, pour servir l’intérêt du joueur, de la joueuse, du jeu et du rugby.

Provale : Quel est ton meilleur souvenir depuis ton arrivée à la présidence de Provale ?

RTW : Je pense que c’est la fois où nous avons battu le record d’adhésions (en 2015/2016 avec 863 adhésions). Tout le monde avait dit que c’était impossible, et nous avons réussi à le faire dans un moment difficile. C’était juste incroyable. Quand on est capable de faire ça, on démontre que rien n’est impossible. Le nombre d’adhésions est la meilleure voix des joueurs.Je suis très ému en évoquant cela car j’y ai mis de mon temps, de mon énergie, de ma santé aussi. J’ai vraiment tout donné à cette institution et je continue à tout donner.

Provale : Difficile de ne pas te demander dans ce contexte si tu comptes te représenter aux prochaines élections (octobre 2018) ?

RTW : (Silence) Je n’ai pas encore terminé ce que j’avais à faire, mais j’ai besoin aussi de réfléchir.

Et quel que soit ce que je ferai à l’avenir, j’aurai toujours un regard tendre et affectueux pour cette maison.

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