Serge Simon

Sep 9, 2018 | Temoignages

« Avec Marcel Martin, président emblématique de l’UCPR, grand monsieur de notre sport, nous avons réussi à graver une très grande histoire dans le marbre.
Nous avons construit une protection pour les joueurs. 
»

Nul besoin de vous présenter Serge Simon. Ancien « rapetou » béglais, le Docteur Simon est aujourd’hui vice-président de la FFR après avoir présidé durant huit ans le syndicat des joueurs de rugby. Passionné et très impliqué, l’ancien pilier n’a pas oublié toutes ses belles années provaliennes et se livre sur ses quatre mandats. Rencontre…

Nous sommes en 2000. Le Syndicat National des Joueurs de Rugby est alors présidé par Jean-Marc Lhermet et ne compte que deux ans d’existence. L’ancien troisième ligne auvergnat décide « pour des raisons personnelles » de passer la main. C’est alors que l’idée de proposer le poste à Serge Simon surgit. Ce dernier, qui a toujours été « un joueur très revendicatif, qui donnait son avis sur tout », reconnaît avec du recul qu’il était « tout à fait logique et normal d’être intéressé et associé à ce projet. »

Voilà pour la version officielle. Mais dans les faits, Serge Simon s’amuse à nous raconter l’appel qu’il a reçu de Jean-Marc Lhermet :

« Jean-Marc, après deux ans de bons et loyaux services, m’a appelé un jour en me disant qu’il avait déjà contacté dix personnes pour prendre sa succession et qu’il s’était heurté à dix refus. Il m’a clairement dit que j’étais la dernière chance pour faire perdurer le syndicat. »

Comme sur le terrain, Serge Simon décide d’être combatif et de relever la mêlée. Mais avant d’accepter officiellement de devenir le nouveau président du SNJR, le Girondin d’adoption s’assure qu’il sera suivi par les joueurs dans ce nouveau challenge :

« Je trouvais vraiment que cette institution avait du sens seulement si elle était représentative. Ce qui n’était malheureusement pas encore le cas. Le SNJR était jeune, très jeune. Il n’avait pas encore de poids politique ni médiatique. Il fallait donc l’adhésion des joueurs. J’ai donc lancé une campagne médiatique en disant que j’accepterais de relever ce défi seulement si 50% des joueurs apportaient leur soutien au SNJR. En quelques semaines, nous avons dépassé cet objectif et je me suis donc lancé. »

De 2000 à 2006, Serge Simon et son Comité Directeur sont sur tous les fronts pour tenter de légitimer la place du syndicat dans le rugby français :

« Il a fallu jouer des coudes et des épaules au début, sourit Serge Simon. Nous avons eu la chance que la Ligue soit créée à cette période. Le secteur s’est alors professionnalisé. La page était blanche, il y avait tout à écrire. Nous avons donc rapidement trouvé notre place en étant associés politiquement et humainement à la professionnalisation de notre sport. Le SNJR a profité de cette montée en puissance. »

En 2002, le SNJR devient Provale. Une façon de donner un nouvel élan à la structure :

« Comme toutes les institutions, nous avions passé un cap, explique Serge Simon. Nous voulions montrer un nouveau visage. Nous avions alors 70 à 75% de représentativité. Ce nouveau nom et cette nouvelle identité visuelle nous ont aidés à impulser une nouvelle dynamique. »

Le 29 mars 2005, la Convention Collective Nationale du Rugby Professionnel est signée. Une avancée historique pour tous les joueurs de rugby et pour le président Simon :

« C’est mon plus beau souvenir à la tête du syndicat, reconnaît-il. C’était très novateur. Nous avons réussi à faire rentrer le statut du joueur dans l’histoire. Avec Marcel Martin, président emblématique de l’UCPR, grand monsieur de notre sport, nous avons réussi à graver une très grande histoire dans le marbre. Nous avons construit une protection pour les joueurs.»

Après cette évolution majeure, et au bout de six années de mandat, Serge Simon pense qu’il est l’heure pour lui de passer la main. En 2006, il laisse donc la place à Sylvain Deroeux :

« Je n’avais pas imaginé que je passerais six ans à la tête de Provale. Mais j’ai également vite compris qu’il ne serait pas simple de trouver un remplaçant. Il fallait un gars qui veuille bien s’investir sur son temps personnel, qui soit proche des joueurs et qui soit de leur génération. Ce lien est très important dans le rugby, ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres sports. Je n’ai pas claqué la porte. Je me suis bien assuré avant qu’il y aurait des candidats. J’ai donc anticipé les choses, j’ai fait en sorte de les laisser dans le bon ordre et de transmettre un héritage. L’arrivée de Sylvain était très positive et j’ai été très heureux qu’il me succède. »

Serge Simon prend donc un peu de recul mais garde toujours un œil sur son syndicat qui est quand même un peu son bébé. En juin 2012, Serge est le vice-président de Mathieu Blin. Le talonneur reçoit alors une proposition pour entraîner le SU Agen. Comme le prévoient alors les statuts, Serge Simon le remplace pour quelques mois avant de se représenter à la tête de Provale en octobre:

« Mathieu a eu une opportunité qui ne se refuse pas. J’ai donc rempilé car il était hors de question de laisser le navire sans capitaine. »

Les choses ont changé en six ans. Mais Serge Simon est toujours dans le bain. Et pour cause ! :

« Je me souviens de mon premier Comité Directeur à la LNR, six ans plus tard. Quand je suis arrivé, Pierre-Yves Revol, alors président m’a lancé : « Quelle surprise et quel plaisir de te voir ici ! ». Je lui ai répondu « C’est moi qui suis surpris que vous soyez tous encore là. »

Rien n’avait donc vraiment changé mais Provale avait encore grandi :

« Provale s’était véritablement imposé comme la troisième institution du rugby français. Il portait haut et fort la voix des joueurs. »

En 2014, après huit ans de présidence, Serge Simon, qui s’est une nouvelle fois assuré d’avoir un successeur en la personne de Robins Tchale Watchou, quitte définitivement le syndicat. Et il devient en 2016 le vice-président de la FFR.

Même s’il est désormais plus éloigné de Provale, il conserve toujours un oeil sur Provale qu’il espère encore voir évoluer :

« J’ai forcément des liens privilégiés avec tous les acteurs de Provale qui facilitent les échanges, et notamment avec Robins Tchale Watchou. La défense des droits et des intérêts des joueurs est une très grosse partie du travail que doit continuer à fournir Provale. Quel sera le rugby professionnel de demain ? Je ne sais pas. J’aimerais que la santé des joueurs soit au centre des préoccupations. J’aimerais aussi qu’on trouve un modèle cohérent qui permettrait aux joueurs internationaux d’être mis à disposition de l’équipe de France sans pénaliser les clubs. Provale doit participer à la coconstruction de ce modèle. Il ne faut plus qu’il y ait de sentiment de préjudice. D’autres pays ont fait leur révolution à ce niveau et ils en sont très satisfaits.

Aussi, quand je parle de santé, je ne parle pas seulement de santé physique mais également de santé mentale. La reconversion contribue à cette santé mentale et elle doit continuer à être portée par le syndicat. Personne n’est plus légitime à le faire que Provale. »

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